La stratégie d’Euronext fait la part belle au post-marché
Lors du rachat de Borsa Italiana par Euronext annoncé fin 2020, l’opérateur de marché avait mis en avant les actifs «précieux» que recelait sa nouvelle acquisition. Parmi ceux-ci se trouvait la chambre de compensation CC&G. Le nouveau plan stratégique présenté par Euronext lundi, «Growth for Impact 2024», confirme que cette activité fait bien partie de celles que la Bourse veut développer. CC&G sera d’ailleurs renommée Euronext Clearing avant l’issue de ce plan.
Sans cette acquisition, Euronext restait le seul grand opérateur boursier à ne pas détenir de chambre de compensation intégrée. Or, une bonne partie de la chaîne de valeur des transactions boursières réside dans le post-marché, qui assure la compensation et le règlement-livraison des titres. En 2003, Euronext avait vendu sa chambre Clearnet à LCH SA. C’était une autre époque, et ce mouvement stratégique avait été amèrement regretté par la suite. Après avoir vainement tenté de racheter LCH SA à la Bourse de Londres en 2017, Euronext cherchait le moyen de recouvrer une souveraineté sur ses activités de post-marché. L’erreur est maintenant réparée et cette activité doit participer aux synergies de revenus qu’attend la société.
«Tandis que nous détenons 11% de LCH SA, nous allons investir dans notre chambre de compensation CC&G», explique à L’Agefi Anthony Attia, directeur des marchés primaires et des activités post-marché d’Euronext.
Actuellement, le groupe paneuropéen reste dépendant de chambres de compensation externes. Les marchés français, belge, néerlandais et portugais utilisent par exemple LCH SA. A Dublin, Euronext passe par EuroCCP, et à Oslo par un pool d’interopérabilité. «Avec le Brexit, les flux de compensation vont certainement se transformer en Europe. Or, CC&G est capable de se transformer en une chambre de compensation européenne. Nous défendons un modèle intégré. Le post-marché européen est fragmenté et ne valorise pas totalement les bénéfices de la plateforme Optiq», précise Anthony Attia.
Ce mouvement se fera sur le moyen terme, d’ici 2023 pour les actions au comptant et d’ici 2024 pour les dérivés. Pendant les prochaines année, le groupe va donc investir dans sa chambre de compensation pour que celle-ci puisse compenser les flux d’Euronext. Il devra aussi, en temps voulu, revoir son contrat sur la compensation des dérivés avec LCH SA conclu en 2017 et qui devait se poursuivre jusqu’en 2027.
Dans un communiqué, LCH SA a précisé qu’« Euronext dispose de droits de résiliation anticipée limités, dont l’un peut être exercé avec une date d’entrée en vigueur au plus tôt en janvier 2024». La chambre de compensation assure aussi que «bien qu’il existe encore des incertitudes quant aux détails, à l'étendue et au calendrier de tout changement, l’impact potentiel total est inférieur à 1 % du chiffre d’affaires total du groupe».
Plan ambitieux
Ces développement sur son activité de post-marché constituent donc un des points saillants - mais pas le seul - du nouveau plan stratégique d’Euronext. Sur la période 2020 à 2024, le groupe table sur une croissance de son chiffre d’affaires de 3% à 4% en moyenne par an, et sur une hausse de son excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 5% à 6% par an. A titre de comparaison, le plan précédent, dévoilé en 2019, visait une croissance du chiffre d’affaires de 2% à 3% par an.
Ces nouveaux objectifs incluent 100 millions d’euros de synergies liées à l’intégration de Borsa Italiana, alors qu’Euronext tablait auparavant sur 60 millions d’euros de synergies. Euronext estime le coût de mise en oeuvre de ces synergies à 160 millions d’euros, dont une moitié de coûts non récurrents.
Outre la reprise en main de la compensation, Euronext entend également tirer parti de la migration de son centre de données de Londres à Bergame, qui générera des revenus de location de serveurs par les institutions financières désireuses de bénéficier de temps de latence les plus courts possible afin de passer leurs ordres sur les plateformes du groupe. Euronext a précisé lundi que la première phase de cette migration devrait avoir lieu au mois de juin 2022.
Le groupe compte en outre faire croître la plateforme de trading obligataire MTS - elle aussi issue du rachat de Borsa Italiana - développer de nouveaux services pour ses quatre dépositaires centraux et proposer aux émetteurs et investisseurs de nouveaux produits ESG afin de «construire l’infrastructure de marché numéro un en Europe».
Euronext prévoit de maintenir ses dépenses d’investissement dans une fourchette de 3% à 5% du chiffre d’affaires au cours des trois prochaines années et vise sur la même période un taux de distribution de 50% du bénéfice net.
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