La revue stratégique de la BCE prend un ton moins ambitieux
Un récent séminaire des gouverneurs a mis en évidence la question persistante de la capacité ou la volonté de la BCE à rejoindre son objectif d’inflation.
Le week-end a été studieux pour les gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). Ils se sont réunis physiquement le week-end dernier à Taunus, près de Francfort en Allemagne, afin de débattre de la revue de la stratégie de la BCE lancée en janvier 2020.
Lundi, la présidente Christine Lagarde a évoqué ce long travail lors d’une audition au Parlement européen, rappelant les efforts du personnel et la participation des banques centrales nationales aux 13 chantiers ouverts, ainsi que la consultation d’un large éventail de parties prenantes (experts, universitaires, économistes, politiciens, entreprises, citoyens, parlementaires) dont le Conseil des gouverneurs cherchera à faire la synthèse au travers de sa nouvelle stratégie monétaire : «Nous avons bien avancé au cours de cette retraite, et nous rendrons publics les résultats de la revue de la stratégie après avoir pris des décisions formelles», a-t-elle indiqué.
D’importantes divergences subsistent
Ce week-end, les membres du Conseil se sont accordés sur certaines questions comme la prise en compte des enjeux liés au climat dans leurs décisions et celle des coûts de logement des propriétaires occupants dans la mesure de l’inflation, ont précisé certaines sources à Reuters. Pour autant, elles ont pu confirmer que les responsables de la BCE ont toujours d’importantes divergences concernant le traitement de l’inflation (définition de la stabilité des prix et moyens de l’atteindre), et espèrent parvenir à un compromis d’ici aux conclusions de la revue – idéalement avant la réunion du 9 septembre qui doit préciser l’avenir du programme d’achats d’urgence (PEPP), devenu le principal instrument depuis 2020.
L’une des sources a expliqué que le séminaire avait abouti à un consensus sur la possibilité de laisser l’inflation dépasser l’objectif de la BCE, qui devrait être fixé à 2% (et non plus à un niveau «proche de 2%»), niveau sous lequel elle a évolué pendant la majeure partie des dix dernières années, mais pas encore sur la manière de formuler ce nouveau message et sur l’ampleur comme sur la durée du dépassement possible. «Isabelle Schnabel, membre du directoire, a rappelé dans ses dernières interventions qu’elle reste opposée à la nouvelle stratégie de ciblage de l’inflation de la Fed américaine (flexible average inflation targeting, FAIT), voire à une ‘make-up strategy’ avec une moyenne autour de 2% à partir d’une période déterminée comme le début de la crise – qui dépend donc du point de départ choisi, explique Nicolas Goetzmann, directeur de la Recherche de la Financière de la Cité. Plusieurs autres gouverneurs (allemand, autrichien, etc.) seront rigides, et même les plus ‘dovish’ (accommodant) à la BCE ne proposeront pas la moitié de ce qu’a proposé la Fed dans sa revue 2020. Or cette dernière avait déjà pris de l’avance dans ses outils et leur mise en œuvre depuis 2008, donc la BCE risque de prendre encore du retard», regrette l’économiste, espérant que Christine Lagarde démontrera au-delà du discours sa volonté de marquer cette revue par un changement fort.
Fabio Panetta, autre membre du directoire beaucoup plus accommodant bien qu’encore assez modéré, a plusieurs fois répondu à Isabel Schnabel pour dire qu’il ne serait pas envisageable que la BCE ne fasse pas tout ce qui est en son pouvoir pour atteindre son objectif : l’Italien estime que la faiblesse de l’inflation reste liée à une croissance molle, alors que l’Allemande y voit des problèmes plus structurels sur lesquels elle renvoie aux Etats… «Un exemple de cette frilosité de la BCE porte sur le point de départ qui a été fixé pour arrêter le PEPP : quand la croissance aura retrouvé son niveau d’avant-crise, alors que la Fed ciblera, implicitement, non pas le niveau mais la trajectoire d’avant-crise», poursuit Nicolas Goetzmann. Autre signe du risque d’aboutir à une revue stratégique «moins-disante» pour des raisons politiques : la récente proposition du Conseil d’analyse économique (CAE) d’étudier l’outil de la «monnaie hélicoptère» a été balayée du revers de la main, notamment par le gouverneur français François Villeroy de Galhau…
Renvoi au soutien budgétaire ?
On retrouve ces dissensions dans le débat politique sur le rétablissement du pacte de stabilité budgétaire européen, prévu pour 2023 : alors qu’Armin Laschet, candidat aux élections législatives allemandes sous la bannière de l’Union démocrate-chrétienne (CDU), a expliqué lundi vouloir y revenir «dès que possible» - sans doute par stratégie politique -, Angela Merkel (et la Commission européenne) veulent seulement attendre de retrouver le niveau de PIB d’avant-crise, ce qui pourrait survenir dès le quatrième trimestre de cette année. «Alors que le premier ministre italien Mario Draghi et même le président français Emmanuel Macron parlent plutôt de retrouver la ‘trajectoire’ : cela fait quand même au moins 3% de PIB et donc environ deux ans de différence», conclut Nicolas Goetzmann...
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