La probabilité de voir la BCE remonter ses taux de 0,75 point atteint 80%
Les marchés monétaires de la zone euro ont remonté, jeudi matin, de 50% à près 80% la probabilité d’une hausse de 75 points de base (pb) des taux de la Banque centrale européenne (BCE) le 8 septembre.
L’annonce mercredi d’une inflation en zone euro en hausse de 8,9% à 9,1% en août, et surtout de 5,1% à 5,5% pour l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) a été le point de bascule après les déclarations des gouverneurs autour de Jackson Hole le week-end dernier, et en particulier du discours d’Isabel Schnabel, membre du directoire.
Goldman Sachs et Bank of America ont alors modifié leurs prévisions dans ce sens, estimant qu’une inflation plus rapide que prévu convaincra les responsables de réagir avec encore plus d’agressivité. «Une hausse de 75 pb la semaine prochaine est devenue une option réaliste, et les marchés intègrent également un cycle de resserrement plus long», indique aussi Christian Fuertjes, économiste d’HSBC. Jusqu'à 2,25% mi-2023, là où ils voyaient les taux atterrir autour de 1,25% le 16 août.
«Les données sur l’inflation européenne de cette semaine ont montré que les pressions sur les prix restent fortes dans la zone euro, ajoutent les analystes de Mizuho. L’issue de la réunion de la BCE est encore très incertaine, mais la statistique sera probablement suffisante pour faire pencher même les membres du Conseil centristes vers une hausse de taux de 75 pb.»
Cette révision des anticipations a entraîné une importante remontée des taux souverains à 10 ans : à 1,63% pour le Bund allemand (+10 pb), 2,26% pour l’OAT française (+11 pb) et surtout 4,01% pour le BTP italien (+13 pb), pour la première fois au-dessus de 4% depuis mi-juin. L’écart BTP-Bund s’est creusé à 243 pb, un plus haut depuis le 29 juillet.
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Esclavage : Macron soutient l'abrogation du « Code noir » et évoque la question sensible des « réparations »
Paris - Emmanuel Macron a soutenu jeudi l’abrogation symbolique du «Code noir», engagée par le Parlement, et a évoqué longuement sa réflexion «inachevée» sur la question sensible des «réparations» pour l’esclavage, qui à ses yeux passent d’abord par la «reconnaissance» et ne pourront jamais être «totales». Lors d’une réception à l’Elysée pour le 25e anniversaire de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, le chef de l’Etat a rendu hommage à un texte «nécessaire» et à son auteure, Christiane Taubira. Il a évoqué un autre texte, le «Code noir», nom donné à un ensemble d'édits royaux datant du XVIIe et XVIIIe siècles organisant l’esclavage et jamais formellement abrogés, dont le maintien, quand bien même sans effets juridiques, «est comme devenu une faute», «une forme d’offense», «une trahison de ce qu’est la République». «C’est pourquoi je demande au gouvernement de faire sienne la proposition de loi visant à abroger le Code noir, qui doit être débattue le 28 mai prochain à l’Assemblée nationale», a-t-il lancé au sujet de cette abrogation déjà adoptée mercredi à l’unanimité en commission. Egalement présente, Christiane Taubira a de son côté évoqué la résolution adoptée fin mars par l’Assemblée générale de l’ONU, à l’initiative du Ghana, qui fait de l’esclavage et de la traite des Africains «les plus graves crimes contre l’humanité». La France, avec d’autres pays européens, s'était abstenue, au motif qu’elle ne veut pas de hiérarchie entre les crimes contre l’humanité, une position assumée jeudi par Emmanuel Macron. «Réparation imparfaite» L’ex-ministre de la Justice a, elle, souligné qu’elle avait été adoptée massivement par les pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, «qui reconnaissent eux aussi l’inanité de la hiérarchie entre les crimes contre l’humanité». «On ne peut pas ne pas entendre ce qu’il y a derrière, qui est justement une demande de justice, toujours de réparation», a reconnu le chef de l’Etat. Il a annoncé le lancement, avec le Ghana, d’un «travail scientifique international» pour «faire des recommandations très concrètes aux décideurs politiques», sans dire précisément s’il s’agirait de recommandations sur d'éventuelles réparations. Emmanuel Macron a d’ailleurs ajouté que «la réparation», «immense question», ne devait pas être éludée. «Mais c’est une question sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses», a-t-il prévenu. «Nous devons avoir l’honnêteté de nous dire qu’on ne pourra jamais réparer ce crime totalement, parce que c’est impossible», «vous ne pourrez pas un jour mettre un chiffre, mettre un mot qui viendrait donner un point final à cette histoire». Lui-même a assuré que sa «réflexion» et ses «décisions» sur le sujet étaient «encore inachevées». Il a rappelé avoir lancé il y a un an un travail d’historiens pour évaluer «le prix» de la liberté imposé par la France à Haïti, qui lui sera remis en décembre. «Réparer, c’est d’abord restaurer la juste place» des faits «dans l’histoire de la République», ce qui passe par l'éducation, a-t-il plaidé. «Mais ce n’est pas un geste léger. Et ce parcours de la reconnaissance, nous ne l’avons pas terminé», a-t-il insisté. «Si nous ne reconnaissons pas, aucune chance qu’on puisse bâtir l’avenir», a-t-il ajouté à l'égard de ceux, notamment à droite ou à l’extrême droite, qui critiquent régulièrement les gestes de «repentance». «Il n’y a pas d’identité française, ni dans le déni de ce qui s’est fait (...) ni dans le refus d’avancer sur les reconnaissances ou les réparations», a martelé Emmanuel Macron, avant de poursuivre, à l’endroit aussi de la gauche radicale: «ni dans le repli exclusif sur ces histoires où d’autres voudraient promettre que la réparation possible est intégrale, ou que la vraie lutte est dans un communautarisme contemporain». «C’est pourquoi nous aurons toujours la réparation imparfaite», a-t-il averti. © Agence France-Presse