La Fed ne laisse aucun répit aux pays émergents
Jusque-là épargnées, les actions sur les marchés émergents subissent à leur tour des sorties de capitaux, à l’instar des marchés de dette depuis plusieurs mois. Les fonds d’actions émergentes ont enregistré leurs plus importants rachats depuis début mai sur une période de sept jours (au 7 septembre), selon les données d’EPFR. Les fonds de dettes émergentes (locale et en devise forte) accusent, cette année, les plus importantes sorties jamais enregistrées, à près de 60 milliards de dollars (10% des encours). Si la dynamique reste à confirmer pour les actions, le contexte n’est clairement pas en faveur des émergents, coincés entre ralentissement de la croissance – voire glissement vers la récession –, crise énergétique et regain épidémique en Chine. Le tout conjugué à la nette augmentation du risque politique.
Mais ce qui guide aujourd’hui la classe d’actifs, et en premier lieu sa composante dette et devise, est le resserrement des conditions monétaires en dollar. «Les marchés émergents ont fait leur rentrée avec encore beaucoup de vents contraires, étant donné que l’indice dollar DXY atteint des sommets pluriannuels, que la volatilité sur les taux augmente à nouveau, et que le chemin vers les taux terminaux des banques centrales est probablement rallongé par les intentions des pays développés», relève Sameer Goel, macro stratégiste chez Deutsche Bank.
En juillet, comme la plupart des actifs risqués, les dettes émergentes ont profité de l’espoir que la Réserve fédérale américaine pourrait siffler la fin de son resserrement monétaire plus tôt qu’anticipé. L’annonce par la banque centrale tchèque qu’elle arrêtait ses hausses de taux et par la banque centrale du Brésil qu’elle envisageait de le faire, alors que l’inflation semblait atteindre son pic, a également soutenu la classe d’actifs. Mais l’espoir a été douché par Jerome Powell, le président de la Fed, quand il a confirmé sa détermination à lutter contre l’inflation, quitte à provoquer une récession, pour éviter les erreurs de la politique de «stop and go» des années 1970.
Les dettes émergentes en monnaie locale ont affiché une performance de -0,5% en août avec une baisse de 0,6% des devises. La baisse des matières premières – dont une partie des pays émergents sont producteurs – a également pesé sur la classe d’actifs, de même que la force du dollar. Le billet vert a profité de son statut de devise refuge face au risque de stagflation et de récession.
Nouvel équilibre
«Un nouvel équilibre avec une inflation plus élevée et une croissance plus faible dans les marchés émergents devrait justifier une hausse de la prime de risque et des ‘spreads’ par rapport aux bons du Trésor américain», estime Ehsan Khoman, responsable de la recherche marchés émergents EMEA chez MUFG. Les banques centrales n’en ont donc pas terminé avec les hausses de taux. Ce d’autant que la Fed accélère les siennes et pourrait maintenir ses taux à un niveau élevé pendant un certain temps. «Cela, combiné à la réduction de son bilan, signifie des conditions financières encore plus restrictives pour les marchés émergents», poursuit l’analyste de MUFG, qui n’anticipe pas pour tout de suite un pic de resserrement monétaire dans les marchés émergents – même si ceux-ci ont pris de l’avance (hors Asie) en commençant à relever leurs taux dès 2021 –, et ce tant que la Fed n’aura pas atteint le sien.
Certes, les valorisations, après la chute de 13,6% cette année des dettes en monnaie locale par exemple, sont parmi les plus attrayantes depuis vingt ans, relèvent les gérants de Pimco. Mais les facteurs techniques, comme les flux, continuent de peser sur la classe d’actifs. Un autre risque est celui du défaut. Si seulement 9% de la dette incluse dans l’indice souverain émergent de JPMorgan est à des niveaux «distressed» (plus de 1.000 points de base de spread), cela concerne un quart de la dette totale en monnaie forte (généralement en dollar), principalement des pays frontières (dont plusieurs ont déjà fait défaut). Beaucoup doivent faire face à un endettement élevé et à une nette dégradation des termes de l’échange. Un cocktail dangereux.
Plus d'articles du même thème
-
Les actions émergentes ont rattrapé leur faux pas estival
Les marchés émergents ont rebondi après leur correction de juillet et progressent désormais de 27% en 2026, portés principalement par le secteur technologique. Mais cette concentration est aussi une vulnérabilité. -
Le Sénégal engage la réorganisation de sa dette
Le pays a conclu un accord de financement avec le FMI, lui permettant d’éviter pour l’heure un défaut. Dakar va désormais renégocier sa dette dans le cadre commun du G20. Mais les autorités préfèrent parler de réorganisation de la dette que de restructuration. Les obligations affichent une décote de 50%. -
Les pays en développement ont beaucoup à gagner grâce à l'IA
La Banque mondiale présente dans un rapport une méthode vouée à tirer le meilleur bénéfice de l’intelligence artificielle pour stimuler le développement, tout en échappant aux effets de bord qui restent complexes à éliminer, y compris dans les pays développés.
ETF à la Une
Amundi dévoile un ETF conçu pour Zenkyoren
- Le potentiel de progression des marchés actions se réduit à peau de chagrin
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Le Crédit Mutuel Arkéa pousse les feux avec Fortuneo
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- La Banque Delubac, toujours en pertes, cherche du capital
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreLa souveraineté numérique, un fantasme des politiques non partagé par les patrons
Washington ayant fait marche arrière, l'épisode de la restriction d’accès aux modèles surpuissants a été rangé au rayon des orages passagers, pas du changement de climat -
EXCLUSIF PAC-manChristophe Hansen, commissaire européen à l’Agriculture : « La situation est désastreuse »
Bruxelles permet des versements anticipés aux agriculteurs frappés par les sécheresses de cet été mais, prévient le Luxembourgeois, la réponse à la crise agricole se joue surtout à long terme -
ScandalesRoyaume-Uni : une rentrée sur la défensive pour Reform UK
Les proches du parti, que Nigel Farage cherche à rendre respectable depuis plus d’un an, sont sur leurs gardes