La Fed maintiendra son rythme de rachats d’actifs aussi longtemps que nécessaire
La Réserve fédérale (Fed) américaine s’est engagée mercredi à maintenir une politique durablement accommodante face aux risques posés par l’épidémie de coronavirus, tout en relevant légèrement ses prévisions de croissance et d’emploi pour les années à venir. La banque centrale a, comme prévu, maintenu ses principaux taux directeurs proches de zéro et a indiqué qu’elle poursuivrait au même rythme ses importants rachats d’obligations «jusqu’à ce que des progrès substantiels» soient constatés dans ses efforts pour soutenir l’emploi et atteindre une inflation de 2%.
«Ensemble, ces mesures assureront que la politique monétaire continue de fournir un soutien énergique jusqu’à ce que l’économie se soit complètement remise», a déclaré le président de la Fed, Jerome Powell, lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du comité de politique monétaire (FOMC).
Le dirigeant s’est par ailleurs dit préoccupé par l’évolution de l’économie américaine au cours des quatre à cinq prochains mois compte tenu des progrès de l’épidémie, mais a estimé que les Etats-Unis renoueraient avec une croissance plus solide après le mois de juin.
Comme lors de sa réunion de début novembre, et contrairement aux prévisions de certains économistes, la Fed a maintenu inchangés les contours de son programme de rachat d’obligations mais a clarifié son intention de poursuivre durablement ces opérations jusqu’à la résolution de la crise. Avec des taux déjà au plus bas, certains analystes s’attendaient à ce que la Fed accentue son soutien à l’économie en rachetant davantage de titres à longue échéance. A l’avenir, la Fed ne s’interdit pas d’augmenter ses rachats d’actifs si un soutien supplémentaire à l’économie s’avère nécessaire, a toutefois indiqué Jerome Powell.
Depuis le mois de juin, l’institution procède chaque mois à 80 milliards de dollars de rachats d’obligations du Trésor et à 40 milliards de dollars de rachats d’obligations hypothécaires. Entre mars et juin, la Fed avait procédé à des rachats encore plus importants pour garantir la fluidité des marchés financiers, confrontés au coup d’arrêt brutal de l’économie en raison des mesures de restriction prises pour endiguer l’épidémie.
Powell attend un plan de relance
La Fed doit faire face à un contexte particulièrement incertain, alors que la reprise économique constatée depuis cet été est fragilisée par les progrès de l’épidémie de coronavirus. Si la mise au point de vaccins laisse espérer un début de retour à la normale dans le courant de 2021, la hausse du nombre de cas de Covid-19 menace de déclencher de nouvelles mesures de restrictions économiques à court terme.
Les banquiers centraux américains appellent depuis plusieurs mois le Congrès à adopter de nouvelles mesures de relance budgétaire pour conforter la reprise et soulignent que le rôle de la Fed est celui d’un prêteur dont le mandat n’est pas d’accorder des subventions directes aux ménages, aux entreprises et aux administrations. Jerome Powell s’est dit convaincu mercredi que les parlementaires américains finiraient par s’entendre sur un nouveau train de mesures. Les raisons qui poussent à débloquer des sommes supplémentaires «sont très fortes», a-t-il déclaré, ajoutant qu’il «accueill[erait] favorablement le travail que fait le Congrès actuellement».
Normalisation graduelle d’ici à 2023
Malgré la persistance de ces nombreuses incertitudes, la banque centrale américaine a légèrement relevé, mercredi, ses prévisions de croissance. La contraction du produit intérieur brut (PIB) américain est désormais attendue à 2,4% cette année, avant une reprise de 4,2% et de 3,2% respectivement en 2021 et 2022. Les précédentes prévisions, présentées en septembre, portaient sur une diminution d’activité de 3,7% cette année, suivie par une croissance de 4% et 3% au cours des deux prochaines années.
Les perspectives sont également revues à la hausse sur le front de l’emploi, avec un taux de chômage attendu à 5% fin 2021, au lieu de 5,5% précédemment, contre un chiffre de 6,7% constaté fin novembre. Un retour à un taux de chômage de 3,7%, comparable avec celui d’avant crise, est prévu pour 2023.
En moyenne, les membres de la Fed continuent de tabler sur des taux directeurs inchangés au cours des trois prochaines années, mais cinq d’entre eux ont indiqué s’attendre à un début de hausse des taux en 2023.
Selon les projections mises à jour mercredi, la hausse des prix devrait se limiter à 1,8% l’année prochaine aux Etats-Unis, avant d’atteindre l’objectif retenu de 2% seulement en 2023.
Plus d'articles du même thème
-
Le FMI relativise les effets de la guerre pour la stabilité financière
Alors que les marchés ont jusqu’à présent absorbé le choc de manière relativement ordonnée, le rapport de stabilité financière globale (GFSR) du Fonds monétaire international tente d’explorer les scénarios possibles pour les économies développées et les pays émergents. -
La situation au Moyen-Orient complexifie les prises de décisions de la Fed
Les discussions tenues en mars par des gouverneurs de la Réserve fédérale montrent que la guerre en Iran peut servir d'argument aussi bien aux partisans de baisses de taux pour dynamiser le marché du travail qu'à ceux favorables à une hausse en cas de risque inflationniste. -
Le conflit en Iran aura un coût pour les taux longs
Les grands investisseurs sont revenus massivement sur les taux mercredi, mais le rallye a suivi différentes stratégies : sur le plus court terme aux Etats-Unis, plus risqué en Europe avec la dette italienne. Et le mouvement ne semble pas devoir se poursuivre suffisamment pour revenir aux niveaux d’avant-guerre.
ETF à la Une
Les investisseurs en ETF se détournent des actions européennes
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- TotalEnergies annonce la couleur avant ses résultats trimestriels
- Bouygues Telecom, Orange et Iliad engagent une consolidation historique des télécoms
- L'entrée en relation bancaire numérique embarrasse les réseaux traditionnels
- Bouygues, Free et Orange entrent en discussions exclusives pour racheter SFR
Contenu de nos partenaires
-
Washington prolonge la trêve avec Téhéran, mais maintient son blocus naval
À la veille de l’expiration de la trêve entre l’Iran et les Etats-Unis, Donald Trump a affirmé mardi 21 avril prolonger le cessez-le-feu, tout en maintenant son blocus naval dans les ports iraniens. Téhéran conteste, considérant cette décision comme un « acte de guerre » -
Emmanuel Macron lance la « méthode Notre-Dame » pour accélérer les projets industriels
Montluçon - En mode «Notre-Dame» pour rehausser la cadence: Emmanuel Macron égrène mercredi la méthode de l’Etat pour accélérer l’aboutissement de projets industriels et agricoles jugés stratégiques, à l’occasion d’un déplacement et d’un Conseil des ministres délocalisé dans l’Allier. Au milieu d’une actualité internationale chargée, entre la réception du président libanais à l’Elysée et un déplacement à Chypre et en Grèce, et alors que son gouvernement se débat entre les conséquences de la guerre au Moyen-Orient et les gels de crédits budgétaires, Emmanuel Macron présidera la traditionnelle réunion hebdomadaire des ministres depuis Montluçon. Il se rendra ensuite à Échassières (Allier) pour inaugurer la mine de lithium de l’entreprise Imerys. Un vaste projet assis sur un des principaux gisements mondiaux de minerai de lithium qui devrait permettre, à partir de 2030, de produire 34.000 tonnes par an d’hydroxyde de lithium et équiper annuellement 700.000 voitures électriques. Une «incarnation de nos objectifs de souveraineté», qui «illustre concrètement la réduction des dépendances stratégiques européennes», a expliqué l’Elysée. Ce projet baptisé «Emili» figure parmi les 150 «grands projets stratégiques» (GPS) bénéficiant de toutes les attentions de l’Etat et des collectivités territoriales, initiative annoncée en novembre par le président lors du premier sommet «Choose France Edition France» et formellement lancée en janvier. Portés pour moitié par des PME et des ETI, ces 150 projets sont répartis dans 63 départements, pour 71 milliards d’euros d’investissement cumulé, et couvrent «l’ensemble du spectre industriel stratégique», selon l’Elysée: agroalimentaire, centre de données, biocarburants, batteries, santé, aéronautique, défense... Emmanuel Macron détaillera cette initiative lors d’une allocution depuis Échassières. Point d’orgue d’une séquence «riche de quelques obsessions présidentielles», au premier rang desquelles «la souveraineté industrielle», selon la présidence. «Partout en France» La reconstruction de la vénérable cathédrale de Paris tient lieu d’exemple à suivre en matière de simplification et d’accélération des procédures, tout comme les Jeux olympiques de 2024 qui avaient été précédés de loi de simplification. «Comment nous pouvons vivre dans une nation qui a su faire des Jeux olympiques et paralympiques extraordinaires en sept ans ? Comment on peut être dans une nation qui rebâtit Notre-Dame en cinq ans, et à qui on dit à un agriculteur qui veut étendre son poulailler, ça sera cinq ans?», s'était exclamé Emmanuel Macron en recevant des maires le 16 avril. «Méthode Notre-Dame, méthode Jeux olympiques, mais partout en France», donc. «On doit aller beaucoup plus vite en mettant les procédures en parallèle, en s’affranchissant des choses qui sont inutiles et des bureaucraties tatillonnes et en retrouvant un peu de la philosophie d’action» de ces deux grands chantiers, a expliqué le président. «Dans un souci de sobriété», a fait valoir la présidence, ne seront présents mercredi autour du chef de l’Etat et de Sébastien Lecornu que les ministres directement concernés par la séquence, à savoir Laurent Nuñez (Intérieur), Roland Lescure (Economie), Annie Genevard (Agriculture), Françoise Gatel (Aménagement du territoire), Sébastien Martin (Industrie) et Mathieu Lefèvre (Transition écologique). Le reste du gouvernement sera en visio-conférence depuis l’Elysée. MM. Martin et Lefèvre animeront une table ronde sur la simplification industrielle et environnementale, Mme Genevard une table ronde sur la simplification agricole et la souveraineté alimentaire. L’occasion pour la ministre d’aborder l’attendu projet de loi d’urgence agricole. Baptiste PACE © Agence France-Presse -
Les fous de BaalbekLe Hezbollah observe les négociations libano-israéliennes « le doigt sur la gâchette »
La milice armée, alliée du régime de Téhéran, pourrait profiter de ce répit pour reconstituer ses forces