La Chine riposte aux Etats-Unis et donne un nouveau coup de massue aux marchés
La chute s’est brusquement accélérée vendredi sur les marchés financiers alors que la Chine a annoncé vouloir imposer des droits de douane supplémentaires de 34% aux exportations américaines. Le pays a également annoncé des contrôles sur les exportations de terres rares moyennes et lourdes, y compris le samarium, le gadolinium, le terbium, le dysprosium, le lutétium, le scandium et l’yttrium, vers les États-Unis, à compter du 4 avril.«Le but de la mise en œuvre par le gouvernement chinois de contrôles à l’exportation sur les articles concernés conformément à la loi est de mieux sauvegarder la sécurité nationale et les intérêts, et de remplir les obligations internationales telles que la non-prolifération», a déclaré le ministère du Commerce dans un communiqué. Il a également ajouté 11 entités américaines à la liste des «entités non fiables», ce qui permet à Pékin de prendre des mesures punitives contre des groupes étrangers.
Les places boursières avaient déjà débuté la journée dans le rouge alors que les investisseurs continuaient d’évaluer l’impact des tarifs réciproques annoncés mercredi par Donald Trump, bien plus élevés qu’ils n’avaient anticipé. Le choc est historique puisque les droits de douane appliqués aux importations américaines vont être relevés à environ 24% en moyenne (5% auparavant), du jamais vu depuis 125 ans. Alors que le marché s’interrogeait sur la réponse des partenaires commerciaux des Etats-Unis entre négociation et mesures de représailles qui pourraient provoquer un conflit commercial encore plus dévastateur pour la croissance économique mondiale, Pékin a annoncé sa riposte.
Les marchés voient rouge
Au lendemain de la dégringolade la plus importante depuis le début de la pandémie de Covid en 2020 à Wall Street, où l’indice S&P 500 a abandonné 4,8% et le Nasdaq 6%, les places asiatiques et européennes étaient de nouveau en forte baisse ce vendredi, accélérant après les annonces de Pékin. Vers 13h00, l’indice Euro Stoxx 50 dévissait encore de 4,55%, après 3,6% la veille, le ramenant à ses niveaux de mi-décembre 2024. A Francfort, l’indice Dax 40 chute de 4,5% tandis que le CAC 40 abandonne 3,9%. Les Bourses de Madrid (-6,1%) et de Milan (-7,2%), qui avaient beaucoup progressé depuis le début de l’année, notamment grâce au secteur bancaire, affichent les plus fortes baisses en Europe. Les banques font d’ailleurs partie des valeurs qui souffrent le plus, avec une baisse de près de 10% de l’indice Stoxx des banques européennes.
Plus tôt dans la matinée, l’indice Nikkei 225 a encore perdu 2,8% (comme la veille) à la Bourse de Tokyo. L’ensemble des marchés asiatiques restait malmené mais avec des différenciations entre marchés (performances dispersées en Chine, baisse de plus de 3% des actions thaïlandaises et séance stable à Taïwan, la Bourse de Séoul perdait 0,9%, tandis que les valeurs vietnamiennes ont limité la casse après leur chute de 6% la veille).
Les contrats futures anticipent une ouverture en nette baisse de nouveau à Wall Street. L’indice S&P 500 recule de 3% sur les marchés à terme et le Nasdaq de 3,25%. Les deux indices sont passés jeudi sous leur point bas enregistré en septembre 2024 après le mini-krach de l’été dernier provoqué par le débouclement des positions de portage (carry trade) sur le yen mais aussi la crainte d’une récession aux Etats-Unis. Nous y sommes à nouveau. La publication des données de l’emploi de mars aux Etats-Unis, cet après-midi, sera particulièrement surveillée par les investisseurs, qui y chercheront les premiers signes d’un affaiblissement de la croissance américaine, un peu plus de deux mois après l’investiture de Donald Trump.
Surperformance de l’Europe
Depuis le début de l’année, l’indice S&P 500 recule désormais de 8,3% (et de 12% depuis son pic de février, soit en territoire de correction) mais le coup le plus dure est sur les valeurs technologiques, qui ont été le moteur de la hausse des marchés et des bénéfices aux Etats-Unis depuis deux ans, avec des valorisations et un niveau de concentration très élevés. L’indice Nasdaq chute de 14,3% depuis le début de l’année et se trouve non loin d’un bear market (baisse de plus de 20% par rapport à son pic de mi-décembre dernier), en recul de 18%. Les valeurs européennes, qui ont affiché les meilleures performances depuis le début de l’année, ont effacé leur avance, l’indice Euro Stoxx 50 perdant désormais 0,4%. Mais elles affichent toujours une nette surperformance par rapport aux valeurs américaines.
Cette correction sur les marchés actions s’accompagne d’une envolée des niveaux de volatilité implicite (du fait de la recherche de protection de la part des investisseurs). L’indice Vix de volatilité implicite à un mois du S&P 500 s’envole à 34,5 points, au plus haut depuis 2020, si l’on exclut le choc d’août 2024 et quelques épisodes de volatilité en 2021, toujours avec le Covid, et en 2022, avec la hausse des taux.
Sur les marchés du crédit, les primes de risque (spreads), notamment sur le haut rendement, se sont également écartés mais restent loin des niveaux de récession.
La crainte de récession est au cœur des préoccupations des investisseurs comme en témoigne la nouvelle forte baisse vendredi du baril de pétrole. Le cours du Brent approche des 64 dollars le baril, à 64,35 dollars, en chute de 4,2%. Le gaz, comme la quasi-totalité des matières premières, sont également en forte baisse.
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Resserrement massif des taux
Mais l’endroit du marché où cette crainte est la plus visible est sur les obligations d’Etat. Celles-ci sont devenues jeudi la valeur refuge à détenir, avec l’or, bénéficiant du retour de la corrélation négative avec les actions, mais leur évolution traduit aussi le risque d’un net ralentissement de la croissance mondiale, avec des taux longs en forte baisse, malgré l’impact négatif des tarifs sur l’inflation, ainsi que des anticipations de baisses des taux de la Fed plus marquées. Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans se resserre encore de 15 points de base ce vendredi, et passe sous la barre des 4%, à 3,9%. Celui-ci était encore à 4,8% en janvier avant l’investiture du président américain. L’ensemble de la courbe des taux américains est entraîné vers le bas.
Les taux se resserrement nettement aussi en Europe. Le rendement du Bund 10 ans baisse de 15 pb, à 2,49%, effaçant une partie de l’écartement historique en mars consécutif à l’annonce d’un plan de relance massif dans l’infrastructure et la défense. Le rendement de l’OAT de même maturité baisse moins, à 3,29% (- 8 pb), avec un écartement du spread avec le Bund à 80 pb, témoignant d’une différenciation du risque par les investisseurs. De même le rendement du BTP italien à 10 ans se resserre de 5 pb, à 3,73 pb avec également un écartement du spread à 124 pb.
L’or est stable à 3.111 dollars l’once, après avoir subi des prises de bénéfices par rapport à son nouveau pic de 3.162 dollars atteint mercredi. Le dollar est stable après sa plus forte chute depuis 2022 jeudi. L’indice dollar évolue autour de 102,1 points. L’euro cède un peu de terrain face au billet vert à 1,103 dollar (-0,1%). Il a atteint jeudi un plus haut depuis octobre dernier, à plus de 1,11. Le yen continue en revanche de progresser face au dollar à 145,10 yens.
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