La Bourse a apporté un record de fonds propres en 2020
Après deux années particulièrement fades, rappelant les creux de la crise de la zone euro de 2011-2012, les banquiers du marché primaire actions (introduction en Bourse, augmentation de capital ou obligations convertibles) pouvaient s’attendre au pire avec le Covid-19. Le primaire actions vient pourtant de connaître le meilleur exercice de son histoire. Pour la première fois, l’equity capital market (ECM) a franchi la barre des 1.000 milliards de dollars dans le monde, selon les données préliminaires de Dealogic (1.132 milliards précisément), soit 56% de plus qu’en 2019. Une performance réalisée principalement aux deuxième, troisième et quatrième trimestres, le Covid ayant totalement gelé les marchés en début d’année.
A eux seuls, les Etats-Unis ont représenté la moitié de ces 1.000 milliards de dollars, quasiment deux fois plus qu’en 2019, signe de la profondeur de ce marché et de l’aptitude des entreprises, y compris étrangères, à en profiter. La croissance en Europe est moins forte - 204 milliards de dollars contre un peu plus de 150 milliards en 2019 - mais le marché retrouve les niveaux de 2017.
Normalisation en France
«Les volumes de 2020 reviennent vers leur moyenne de long terme après des années 2018 et 2019 particulièrement basses», reconnait Alexis Le Touzé, responsable de l’ECM pour la France chez BNP Paribas. Un rattrapage qui n’était pas gagné au printemps. «Les volumes ECM ont augmenté de 15% en France par rapport à 2019 alors que nous avons connu des mois particulièrement difficiles au printemps et que l’année dernière avait profité de l’introduction en Bourse de la Française des Jeux», pour un montant de 1,8 milliard d’euros, rappelle Pierre Troussel, co-responsable de l’ECM France à la Société Générale.
Mais cette hausse des volumes cache des chiffres qui illustrent eux parfaitement la crise traversée ces derniers mois par les entreprises et les marchés. «2020 est une bonne année mais qui ne ressemble toutefois pas aux millésimes précédents : la volatilité a réduit à la portion congrue les introductions en Bourse ; elle a en revanche profité aux obligations convertibles qui ont été un moyen pour les entreprises de se financer à bas coûts», souligne Thomas Feuerstein, l’alter ego de Pierre Troussel à la Société Générale.
Mis à part 2MX Organic, le Spac de Xavier Niel, Matthieu Pigasse, et Moez-Alexandre Zouari, la Bourse n’a accueilli aucune IPO de taille. Trop risqué dans un marché agité. En revanche, les entreprises qui avaient besoin de refaire le plein de liquidités ou de financer des acquisitions ont trouvé dans les obligations convertibles, l’un des produits phare de l’année, et les augmentations de capital, comme Alstom, les fonds propres nécessaires. «Les investisseurs ont montré leur capacité de mobilisation et leur disposition à accompagner des projets de croissance », appuie Cyril Revenu, responsable ECM pour la France chez HSBC.
Promesses d’IPO en 2021
De quoi promettre une année 2021 riche et active ? «Il n’y aura probablement pas de ruée sur le marché dès janvier», prévient Julien Fabre, responsable de la banque d’investissement de Deutsche Bank en France. Mais selon lui, «au vu des valorisations actuelles, et du succès des dernières opérations (essentiellement 2MX Organic), la piste de l’introduction en Bourse a gagné en intérêt auprès des entreprises et de leurs actionnaires». Alexis Le Touzé chez BNP Paribas s’attend à une normalisation du rythme des IPO en 2021, avec une poignée d’opérations de taille.
Selon plusieurs banquiers, les dossiers ne manquent pas. Avec une connotation marquée : la technologie, insiste Paul Mihailovitch, managing director chez JPMorgan : «le secteur de la technologie au sens large représente plus de la moitié des dossiers d’introduction en Bourse potentiels en Europe». «Les investisseurs sont prêts à accompagner des dossiers de sociétés en forte croissance», appuie Pierre Troussel. Le fait que les entreprises de technologie soient celles à avoir le plus profité de la crise de 2020 explique la préférence des investisseurs.
Mais attention, technologie ne signifie pas nécessairement prise de risque. «Devant cet afflux d’opérations potentielles, les investisseurs continueront de polariser leurs flux acheteurs vers les sociétés les plus solides, affichant la plus forte croissance, et offrant une plate-forme d’expansion crédible. L’aspect technologique ne peut pas être un simple vernis», prévient Paul Mihailovitch.
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