La BCE institutionnalise le QE comme outil de politique monétaire
Le QE est mort, vive le QE ! Lors de la réunion de son conseil des gouverneurs qui s’est tenue hier, la BCE a confirmé la fin de ses achats nets d’obligations à la fin de l’année mais surtout le réinvestissement des tombées de celles arrivant à maturité dans son bilan pendant une période prolongée, allant au-delà du moment où les taux commenceront à être relevés, soit à partir de l’été 2019. Or, fin novembre dernier, le poids du bilan de la BCE avait déjà dépassé le seuil de 40% du PIB de la zone euro, et devrait ainsi reculer faiblement dans les prochaines années. D’autant que Mario Draghi, s’appuyant sur la décision de la Cour européenne de Justice de valider mardi les rachats de titres d’Etat, a indiqué que le QE faisait désormais partie intégrante des outils que pourra à nouveau utiliser à l’avenir la BCE en cas de crise.
Les marchés attendaient particulièrement les modalités de ces réinvestissements, qui ont été publiées à l’issue de la conférence de presse de Mario Draghi. La composition du portefeuille par type de titres n’est pas amenée à changer sauf ponctuellement pour des raisons techniques et la BCE souhaite que les encours par pays reflètent à terme les clés de répartition. Si un tel objectif semble difficile à réaliser compte tenu des déviations déjà accumulées, et de la raréfaction des papiers dans plusieurs pays, «la BCE devra probablement dévier de sa ‘règle’ selon laquelle les obligations qui arrivent à échéance seront réinvesties dans le même pays, et devra se montrer extrêmement flexible, d’un mois à l’autre au fur et à mesure que les réinvestissements progressent», estime Frédérik Ducrozet, économiste chez Pictet.
La BCE, qui a accumulé des écarts importants par rapport aux anciennes clés, de 30 milliards d’euros sur les titres français, 25 milliards sur l’Italie, 22 milliards sur l’Allemagne et 17 milliards sur l’Espagne, devra ainsi également réduire les écarts positifs de 15 et 5 milliards pour la France et l’Allemagne, et négatifs d’environ 10 milliards pour l’Espagne et l’Italie par rapport aux nouvelles clés de répartition, vers lesquelles elle souhaite converger. Pour ce faire, elle a fait le choix de maintenir une flexibilité, en étalant ses réinvestissements sur une période de douze mois, contre trois mois auparavant, mais n’a pas indiqué comment les écarts seront réduits, ni à quel rythme. Quelles que soient les options choisies, la BCE a rappelé son objectif de «neutralité de marché» par une présence régulière et équilibrée sur le marché.
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