Joe Biden tente un passage en force sur le budget
Joe Biden a présenté, vendredi comme prévu, la première proposition de budget fédéral de son administration. Celui-ci présente un total de 6.011 milliards de dollars de dépenses pour l’exercice 2022, en augmentation de 36,6% par rapport au budget prépandémique de 2019, pour 4.174 milliards de recettes, soit un déficit de 1.837 milliards encore deux fois supérieur à la «normale» même s’il est en forte diminution par rapport aux deux dernières années, les budgets 2020 (6.550 milliards) puis 2021 (7.249 milliards) ayant été relevés avec les plans de soutien face au Covid-19.
Ce budget détaillé, dont la lecture est difficile, intègre bien les premiers des investissements supplémentaires que les Etats-Unis pourraient engager d’ici à 2031 – ainsi que les recettes fiscales ad hoc – si l’administration obtenait les votes nécessaires au Congrès pour les programmes pluriannuels présentés en avril. Il s’agit de l’American Jobs Plan (AJP), avec 2.200 milliards sur huit ans de financements des infrastructures et de la transition écologique, en contrepartie d’une hausse de l’impôt sur les sociétés (IS) de 21% à 28% ; et de l’American Families Plan (AFP), avec 1.800 milliards centrés sur l’éducation et les familles (dont 800 milliards de crédits d’impôts) en contrepartie d’un alignement de la fiscalité du capital et du travail (40%) pour les plus riches.
En outre, le président souhaite augmenter les dépenses «discrétionnaires» en les portant à 1.667 milliards pour 2022, et presque autant pour les années suivantes ce qui finirait par faire gonfler le budget jusqu’à 8.200 milliards en 2031, et la dette des Etats-Unis jusqu’à 117% alors. A côté des dépenses obligatoires (4.018 milliards en 2022 entre sécurité sociale, programmes de santé Medicare et Medicaid, autres programmes), les dépenses «discrétionnaires» sont débattues chaque année, pour abonder la Défense (756 milliards en 2022) mais aussi toutes les différentes autres agences (932 milliards), notamment celles à vocation sociale dans le document présenté le 28 mai.
Avant cette présentation d’un budget qui doit «réinventer» et «transformer» l’économie américaine, la secrétaire au Trésor avait estimé que, associé aux deux programmes pluriannuels «responsables» proposés en avril, il finirait par entraîner «une baisse des déficits et davantage de recettes fiscales». Janet Yellen avait aussi invité les décideurs politiques à se concentrer davantage sur les intérêts – tant que les taux sont encore bas – et la croissance réelle – qui serait inférieure à 2% (avec 2,3% d’inflation) dans les prochaines années sans les deux plans – que sur le ratio dette/PIB, qui passerait donc à 112% dès 2022.
Compromis sur les plans d’investissement ?
Il est rare que le Congrès, qui aura jusqu’à fin septembre pour voter les 12 projets de loi sur les dépenses, adopte la proposition de la Maison-Blanche sans l’amender largement. Mais l’administration de Joe Biden veut profiter de ses majorités à la Chambre et au Sénat pour obtenir le maximum avant les élections de mi-mandat qu’il risquerait de perdre en novembre 2022 si l’économie et l’emploi ne sont pas revenus aux niveaux d’avant-crise.
D’un point de vue stratégique, alors que les démocrates n’ont qu’une majorité de 50/50 avec une voix prépondérante au Sénat, où la plupart des votes requièrent une supermajorité de 60 voix, le président cherchera un compromis sur le plan qui semble le plus facile à faire voter par les sénateurs républicains : l’American Jobs Plan. Ces derniers continuent cependant de critiquer l’American Rescue Plan (ARP) de 1.900 milliards de dollars voté en mars, pour son absence de financement et les risques d’inflation qu’il fait peser sur la demande en face d’un choc d’offre, et s’opposent donc, par principe, à des plans plus structurels, y compris une relance des investissements en infrastructures qu’eux-mêmes trouvent utile de moderniser. Ils étaient d’accord sur une enveloppe de 500 milliards jusqu’à ce que la sénatrice républicaine Shelley Moore Capito coordonne finalement une contre-proposition de 928 milliards (sur huit ans) pour moderniser les routes, ponts et réseaux ferroviaires. «Le président Biden a, lui, récemment révisé sa proposition pour les infrastructures à 1.700 milliards : on voit qu’une convergence entre démocrates et républicains reste donc possible, analyse Florence Pisani, directrice de la recherche chez Candriam. Et si jamais ce n’était pas le cas, il aurait la possibilité de faire passer ses plans par la procédure dite ‘Budget Reconciliation’.»
Cette procédure, utilisée pour faire voter des propositions budgétaires comme l’American Rescue Plan en mars, serait désormais utilisable plusieurs fois par année fiscale, et de toute manière une prochaine fois à partir de la nouvelle année fiscale qui débutera le 1er octobre. Le président démocrate devrait quand même accepter de réduire son plan d’infrastructures pour éviter tout blocage du sénateur démocrate mais centriste Joe Manchin, qui ne souhaite pas voir l’IS remonter au-dessus de 25%. «Il devra aussi composer avec les républicains s’il veut trouver un compromis sur le plafond de la dette fin juillet … et éviter d’avoir à nouveau recours à la procédure de ‘réconciliation’», conclut Florence Pisani.
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