- IA
- Tribune
IA : la marée montante soulève tous les bateaux
L’année 2026 est dominée par l’entrechoquement de deux chocs d’offre, l’un positif, la vague IA ; l’autre négatif, la guerre en Iran. Cette dernière a lourdement perturbé les chaînes d’approvisionnement, notamment dans le secteur de l’énergie, et contribué à une nouvelle poussée inflationniste. La bonne nouvelle est que les présidents américain et iranien ont signé un accord prévoyant la fin des hostilités et la réouverture du détroit d’Hormuz, tandis que le dossier nucléaire doit être discuté au cours des six prochains mois. Le Brent, qui évoluait encore autour des 110 dollars à la mi-mai, est retombé sous les 80 dollars. Les marchés à terme anticipent un retour sous 75 dollars d’ici au printemps 2027. L’Agence internationale de l’énergie prévoit une normalisation progressive de la production, qui devrait atteindre 110 millions de barils par jour début 2027, un niveau largement suffisant pour reconstituer des stocks OCDE tombés à leurs plus bas depuis 1990.
Cet accord est de bon augure pour l’économie. Le scénario de risque, qui reposait sur une flambée du prix du baril, est devenu beaucoup moins épais. Déjà, l’économie mondiale avait bien résisté, malgré la perte de pouvoir d’achat des consommateurs, qui a globalement pesé sur les services. L’Europe a souffert davantage que la moyenne, du fait de sa dépendance énergétique, et la croissance en 2026 risque de ne pas atteindre 1%. Mais l’économie globale a pu compter sur l’essor de l’activité manufacturière, portée par la vague IA. Plus qu’une vague, une marée montante, puissante et inexorable. Quelques exemples : les exportations coréennes de semi-conducteurs sont en hausse de 200% en glissement annuel ; le consensus sur les profits de l’indice d’actions KOSPI a été multiplié par trois depuis l’automne. Le PIB réel de Taiwan est en hausse de 14,5% en glissement annuel. Quant aux dépenses d’investissement des hyperscalers (Amazon, Google, Meta, Microsoft, Oracle), elles devraient dépasser 1.000 milliards de dollars en 2027, soit près de 3 % du PIB américain. Tant qu’elles continuent de progresser, elles demeurent un puissant moteur de croissance.
A lire aussi : Les méga-IPO hypnotisent Wall Street
Productivité
Historiquement, une forte accélération de l’investissement technologique est suivie d’une hausse de la productivité du travail. Ce mouvement, déjà visible aux États-Unis, soutient les perspectives de rentabilité des entreprises. La productivité peut également s’avérer désinflationniste, car elle permet de réduire les prix de vente, dans le cas où les entreprises font face à un manque de demande ou cherchent à gagner des parts de marché ; depuis Covid et le fameux épisode de « greedflation », elles semblent surtout en capacité de protéger leurs marges.
Pour l’heure, nous rejetons l’hypothèse d’une bulle sur les valeurs technologiques, car les gains sont soutenus par une forte profitabilité. La véritable question concerne plutôt la pérennité de ces profits. Historiquement, les secteurs les plus rentables attirent de nouveaux concurrents qui finissent par éroder les marges. Nous suivrons de près deux variables pour détecter éventuellement le point culminant de cette marée : 1/ les dépenses d’investissement : tant qu’elles augmentent, elles tirent la croissance mondiale. 2/ Les marges bénéficiaires des entreprises, du secteur Tech en particulier. Pour l’instant ces signaux restent positifs mais sur ces niveaux de valorisation, et de concentration des indices, les actions américaines offrent, à moyen terme, un couple rendement-volatilité nettement moins bon que celui des 10-15 dernières années. Il paraît prudent de diversifier les expositions, notamment vers l’Europe et les pays émergents, Asie notamment (non couvertes en change, car les devises chinoise et coréenne par exemple sont fortement sous-évaluées).
L’accord iranien réduit le risque d’une spirale inflationniste. Cela dit, l’inflation américaine reste sous pression. Si la vague IA constitue un choc d’offre positif – l’offre illimitée d’intelligence – elle est également un choc de demande, qui se manifeste de façon la plus évidente par la flambée des prix des puces électroniques (chipflation). Celle-ci se répercute dans le prix des biens électroniques, et dans de nombreux secteurs manufacturiers, de plus en plus consommateurs de technologie. Par ailleurs, le CBO (Congressional Budget Office) estime que « l’output gap » américain est positif – l’économie tourne à plein régime – ce qui coïncide souvent avec des pressions inflationnistes plus fortes. Le marché de l’emploi se reprend, voire se tend. Enfin, les dérapages systématiques des prix, ces dernières années, influencent les anticipations des agents économiques. Sur les six dernières années, les prix à la consommation américains ont grimpé de 30%, soit 4,5% par an : le double de l’objectif de la Fed.
Kevin Warsh n’a pas manqué, lors de la première réunion de la Fed sous sa présidence, de critiquer cet héritage. Le communiqué, très court, la tonalité de la conférence de presse, et le fait que la moitié des membres du FOMC anticipent désormais au moins une hausse des taux de la Fed cette année, mettent tous en évidence les inquiétudes sur l’inflation. Le marché anticipe désormais 41pb de hausse du taux directeur cette année. L’autre fait marquant de cette première réunion est que Kevin Warsh entend réduire le volume de communication de la Fed, et n’est pas très enclin à guider le marché. Dès lors, le risque de surprise est plus grand, ce qui pourrait conduire à une plus forte volatilité de la classe d’actifs taux.
Au total, nous restons défensifs sur les obligations longues américaines. Les points morts d’inflation à 10 ans, proches de 2,25%, paraissent trop bas, tandis que la hausse des taux réels (TIPS 10 ans à 2,18%) nous semble justifiée par la vigueur de l’économie, la hausse de la productivité, la moindre demande obligataire de la part d’investisseurs peu sensibles au niveau de taux (banques centrales notamment), et des déficits publics insoutenables. La révolution de l’IA accroît les besoins de financement — par la dette comme par les fonds propres — au moment même où les États doivent financer les transitions démographique, climatique, militaire et sociale. Cette concurrence croissante pour le capital modifie l’équilibre entre épargne et investissement et plaide pour des taux longs durablement plus élevés.
Plus d'articles du même thème
-
Les taux élevés bloquent le marché immobilier aux Etats-Unis
Les taux montent, à près de 7% pour les prêts hypothécaires sur 30 ans, mais les prix ne diminuent pas, faute de biens à vendre. Les propriétaires, qui ne souhaitent pas contracter un nouveau prêt à un taux plus élevé, sont moins mobiles. La loi-cadre adoptée fin juin au Congrès sans le soutien de Donald Trump ne changera pas la donne à court terme. -
La hausse des taux réels pèse sur l’or
Le métal jaune a effacé la moitié de ses gains d’août, son meilleur mois depuis le début de l’année. Il est affecté par les anticipations de resserrement monétaire de la Fed, la hausse du dollar et le rebond des taux longs, principalement les taux réels. -
Les Etats-Unis cherchent à reprendre la maîtrise des taux
La guerre au Moyen-Orient, l’inflation et les dettes publiques en hausse font grimper les taux longs des grandes économies. Les Etats-Unis font pression sur le Japon, leur principal bailleur, pour reprendre la main alors que la dette américaine atteint un record.
ETF à la Une
Les ETF mondiaux continuent de faire le plein, l’or et le bitcoin accélèrent en août
- Generali France rejoint le club des assurbanques
- Qonto fait le ménage dans ses comptes clients en pleine demande de licence bancaire
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- La trajectoire de la dette française finira par peser lourd
Contenu de nos partenaires
-
Ligne de vieEn pleine crise de la dette, le Sénégal conclut enfin un accord avec le FMI
L'Etat sénégalais n'a plus accès au marché international depuis deux ans et la révélation d'une « dette cachée » de 7 milliards de dollars -
Rose éternelleFrançois Hollande et Ségolène Royal, une histoire sans fin
Eternels candidats à la candidature, les deux amants terribles du socialisme français se sont évités de peu sur le campus d'été du PS à Blois, les 28 et 29 août, tout en continuant à se surveiller par entourages interposés -
Nouveau frontL'Allemagne dans le piège de la guerre hybride russe
Le chancelier Merz a choisi une réaction mesurée à la tentative d'attentat de Leipzig, soucieux de ne pas donner du grain à moudre à l'extrême droite à l'approche d'élections régionales