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Grandes manœuvres budgétaires : deux modèles s’affrontent
Deux grands textes budgétaires ont été adoptés ou sont sur le point de l’être de part et d’autre de l’Atlantique. Aux Etats-Unis comme en Allemagne, il s’agit de grands plans de relance de l'économie financés par la dette. Mais la comparaison s’arrête là : tout oppose les deux approches.
Aux Etats-Unis, la loi «One Big Beautiful Bill» (OBBB), signée par Donald Trump le 4 juillet, marque un tournant majeur dans la politique budgétaire. Adoptée de justesse par le Congrès, cette loi incarne le cœur de l’agenda du second mandat de Trump, combinant des mesures fiscales massives, des coupes claires dans les programmes sociaux d’une ampleur inédite et une hausse des dépenses de sécurité. L’OBBB est un oxymore : un patchwork de mesures régressives qui creusent les inégalités, ralentissent la transition énergétique et alourdissent considérablement les finances publiques américaines. Elle présente toutefois un paradoxe : elle pourrait stimuler l’économie américaine.
Sans surprise, le nouveau budget pluriannuel réduit les subventions vertes, avec notamment la fin du crédit d’impôt pour l’achat de véhicules électriques dès septembre et la suppression de nombreuses incitations en faveur des énergies renouvelables, au profit de mesures en faveur des énergies fossiles et du nucléaire. Par ailleurs, il taille dans les aides sociales : 12 millions de personnes pourraient perdre leur accès à Medicaid et au programme d’aide alimentaire SNAP.
Des dépenses accrues pour la sécurité et la défense sont budgétées : 170 milliards de dollars sont alloués à la sécurité aux frontières et 150 milliards à la défense. Les baisses d’impôt de 2017 sont pérennisées, comme attendu. Et des baisses supplémentaires voient le jour (exonération sur les pourboires et heures supplémentaires, déductions pour les seniors et hausse du plafond du SALT de 10.000 à 40.000 dollars). Ces baisses sont budgétées pour s’éteindre en 2028 ou 2029, tandis que les réductions des dépenses vont augmenter au fil du temps (du moins si le parti républicain conserve le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre 2026).
Le coût des réductions d’impôt est estimé à 4.500 milliards de dollars sur dix ans, pour seulement 1.500 milliards d’économies sur les dépenses, creusant la dette de plus de 3.000 milliards.
Etats-Unis : une stimulation économique inutile à court terme…
Les baisses d’impôts sont immédiates (certaines sont même rétroactives au 1er janvier 2025) tandis que les coupes budgétées sont reportées au 1er octobre 2026. Il en résultera mécaniquement une stimulation de l’activité économique au second semestre 2025 et l’an prochain.
Les deux quintiles de revenus les plus élevés – qui représentent plus de 60% de la consommation des ménages – profiteront pleinement des nouvelles mesures. Les ménages les plus aisés bénéficient principalement de la pérennisation des baisses d’impôts et des nouvelles mesures (SALT). Les autres mesures profitent davantage à la classe moyenne. A contrario, les ménages les plus modestes subiront d’importantes pertes de prestations, mais pas avant octobre 2026. Les entreprises, quant à elles, bénéficieront du retour de la déductibilité immédiate à 100% des investissements, ce qui devrait soutenir temporairement l’investissement et l’emploi, surtout parmi les PME.
Il n’y avait pourtant aucune raison de stimuler une économie qui tournait à plein régime ces deux dernières années.
…et une politique très régressive à moyen terme
A moyen terme, les coupes sociales massives accentueront les inégalités et pourraient entraîner la perte de 1,2 million d’emplois. La relance de la demande sera donc éphémère et son coût budgétaire, colossal : la dette continuerait d’augmenter sur la décennie et pourrait atteindre 130% du PIB en 2034.
En misant sur une «relance» à court terme et en reportant les mesures les plus impopulaires, l’OBBB répond en fait à une logique politique. Il s’agit avant tout de maximiser les chances de conserver le contrôle de la Chambre des représentants en novembre prochain. La bonne tenue de la conjoncture ne doit pas occulter son coût exorbitant et ses effets sociaux néfastes à moyen terme. Il s’agit d’une fuite en avant qui hypothèque encore un peu plus l’avenir de la puissance économique américaine.
La renaissance allemande
C’est en revanche un vent d’espoir qui souffle sur l’Allemagne. La nouvelle coalition bipartite (CDU-CSU/SPD) est parvenue à mettre en œuvre un plan de relance colossal. Le projet de loi de finances pour 2025, actuellement examiné au Bundestag, marque lui aussi un tournant majeur de politique budgétaire, avec des mesures axées sur l’investissement, la modernisation et la relance économique après deux années de récession et un stagnation de plus de cinq ans.
Pour sortir de cette trappe à croissance nulle, la coalition mise sur une puissante relance des investissements publics sur les douze prochaines années : plus de 115 milliards d’euros sont prévus en 2025 et près de 124 milliards en 2026, contre 74,5 milliards en 2024. Un fonds spécial de 500 milliards est créé pour financer la rénovation des infrastructures (rails, routes, ponts, numérisation, logement social, développement urbain) et la transition climatique jusqu’en 2036.
Des allègements fiscaux à hauteur de 23 milliards sont également prévus. Un virage spectaculaire est également pris du côté de la défense, dont le budget atteindra 2,4% du PIB en 2025 puis 3,5% en 2029, soit six années avant la date butoir fixée par l’Otan. Enfin un mécanisme de suramortissement permettra aux entreprises de déduire 30% du montant de leurs investissements en équipements réalisés jusqu’en 2027. De nombreuses autres mesures sont par ailleurs prévues pour réduire la bureaucratie, améliorer les incitations au travail et augmenter l’offre de travail qualifié. Les investissements ciblent également l’éducation, la santé et le numérique.
L’ensemble de ces mesures vise à moderniser l’économie allemande, à combler son retard en matière d’infrastructures, à renforcer sa compétitivité, à accélérer la transition écologique et répondre aux défis de sécurité. Le vote définitif du budget est attendu en septembre 2025.
En définitive, tout oppose les deux stratégies. Et c’est dans l’appétence des investisseurs pour les émissions d’emprunt des deux Etats que l’on pourra lire leur verdict.
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