Fitch abaisse la note de la France d’un cran, de AA à AA-
Après le triple A, le double A a vécu pour la France. Du moins chez Fitch. L’agence de notation financière a abaissé, vendredi 28 avril, la note française, de «AA» à «AA-», en l’assortissant d’une perspective stable.
Si Fitch estime que «les troubles sociaux compliquent l'élaboration des politiques» et «l’assainissement budgétaire», l’agence concentre sans surprise ses préoccupations sur la trajectoire des indicateurs économiques pour justifier son changement d’opinion.
«Nous prévoyons une croissance du PIB réel de 0,8% cette année et de 1,3% l’année prochaine (par rapport aux prévisions du gouvernement de 1,0% et 1,6%, respectivement) et les projections de croissance du gouvernement de 1,7 à 1,8% par an jusqu’en 2027 dépassent notre estimation de la croissance potentielle de 1,1%», souligne l’agence dans son communiqué. Elle regrette un faible assainissement budgétaire au cours des années précédant la pandémie, malgré une période de croissance plus forte.
Fitch «s’attend à ce que la dette des administrations publiques/PIB reste sur une tendance à la hausse modeste, reflétant des déficits budgétaires relativement importants et des progrès modestes en matière d’assainissement budgétaire». A la clé, un déficit budgétaire de 5% du PIB en 2023, puis 4,7% en 2024, «supérieur au niveau de 4,7% de 2022 en raison d’une croissance économique plus faible et d’une hausse des dépenses indexées sur l’inflation» puis 4,7% en 2024. Ce qui place la France en position fâcheuse en termes de comparaison avec ses voisins Les déficits des deux années «sont bien supérieurs aux médianes ‘AA’ de 2,3% et 0,9%, respectivement ».
Les maux français restent habituels à l’image d’une croissance plus faible, de la rigidité des dépenses ou la dette publique élevée. A 111,6%, la dette publique générale à fin 2022 était selon Fitch «la plus élevée des souverains notés ‘AA’ et plus du double de la médiane ‘AA’ de 48,4 %.» Pis, l’éclaircie n’est pas pour demain, selon l’agence qui estime que «la dynamique de la dette» publique place celle-ci «sur une trajectoire ascendante régulière à 114,3 % du PIB d’ici fin 2027», soit environ 17 points de pourcentage au-dessus du niveau d’avant la pandémie.
La préoccupation à l’égard du fardeau de cette dette est palpable. «L’augmentation des charges d’intérêts rendra l’assainissement budgétaire plus difficile. Les charges d’intérêts ont fortement augmenté l’an dernier, de 15,2 milliards d’euros ou 0,6 % du PIB», souligne Fitch qui estime qu’en dépit d’une «longue échéance moyenne de la dette négociable (8,4 ans en mars 2023), une part relativement élevée de la dette publique (15% de la dette publique totale) sera due dans les 12 prochains mois. Nous prévoyons que les paiements d’intérêts atteindront 4% des revenus d’ici à 2024, par rapport à la médiane ‘AA’ de 2,9% ».
A lire aussi: La France veut contenir sa charge de la dette face à la hausse des taux
Bercy regrette
A cette aune, même si Fitch est la première des trois principales agences de notation internationales à rétrograder la note française depuis l’adoption de la réforme des retraites, cette dégradation de la note souveraine est loin d’être une surprise. Moody’s n’a pas modifié son jugement ces derniers jours. Quant à l’agence S&P Global Ratings, qui évalue la note de «AA» à la France avec une perspective négative, elle doit dévoiler ses conclusions le 2 juin prochain.
Le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire a regretté vendredi dans un communiqué l'«appréciation pessimiste» de Fitch, estimant que l’agence de notation «sous-évalue les conséquences des réformes», notamment celle des retraites.
(Avec agences)
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