Euronext se donne les moyens de changer de taille
La seule manière de compenser la petite taille, c’est la vitesse». Alors que le projet de fusion de ses concurrents LSE et Deutsche Börse créera, s’il aboutit, un mastodonte bousier, le PDG d’Euronext Stéphane Boujnah résume ainsi l’esprit du plan 2019 de l’opérateur paneuropéen. «Le défi est de faire en sorte que nous puissions faire levier sur nos actifs pour rendre cette entreprise plus grande», a-t-il indiqué le 13 mai devant un parterre d’investisseurs. Et, nouveauté de l’exercice, Euronext pourra s’appuyer aussi sur la croissance externe. Le précédent plan, présenté lors de l’IPO du groupe en 2014, mettait l’accent sur les réductions de coûts. Il a prouvé au-delà des espérances qu’Euronext pouvait gagner seul, et bien, sa vie, avec une marge d’Ebitda de 56,8% à fin mars. Le nouveau plan maintient cette rigueur budgétaire destinée à préserver «l’agilité» du groupe, avec 22 millions d’euros d’économies d’ici 2019 et le transfert du centre informatique de Belfast à Porto. Mais il met bien davantage l’accent sur la croissance, avec une hausse annuelle des revenus de 5% sur 2015-2019 pour un objectif de marge de 61% à 63% à cet horizon.
Euronext a ainsi identifié six « initiatives de croissance » censées lui apporter 70 millions de revenus de plus d’ici 2019 : le développement d’EnterNext comme Bourse des PME technologiques en Europe, les données de marché et services aux émetteurs (29 millions attendus), les ETF listés, les dérivés de matières premières, les indices et le post-marché, où il vient d’annoncer l’achat de 20% d’EuroCCP.
Ce n’est qu’un avant-goût, car le plan prévoit une enveloppe de 100 à 150 millions d’euros pour les investissements, dont une « part substantielle » pour le M&A, domaine dans lequel l’opérateur vient de gagner en liberté. L’ex-banquier d’affaires Stéphane Boujnah a cependant insisté sur sa discipline en la matière. « N’attendez pas que nous payions des multiples fous pour une fintech surévaluée », a-t-il lancé.
Le plan ne tient logiquement pas compte d’éventuelles opérations de plus grande envergure. «C’est un plan de route indépendant, nous ne pouvons pas dessiner la stratégie d’Euronext sur la base de ce que feront les autres», explique Stéphane Boujnah. Le groupe se dit néanmoins prêt à une transaction «transformante», alors que les observateurs citent régulièrement les noms de Clearnet SA ou des Bourses de Madrid et Varsovie.
« Paris Europlace soutient énergiquement ce plan de consolidation et de croissance du projet Euronext paneuropéen, qui met l’accent sur le financement des entreprises, y compris des PME/ETI européennes », a réagi son délégué général Arnaud de Bresson.
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