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Dette publique américaine : de mal en pis ?
A l’automne dernier, les incertitudes relatives à l’adoption du budget fédéral américain avaient fait monter le taux d’intérêt des obligations d’Etat à 10 ans au-dessus de 5%. Si les anticipations d’assouplissement monétaire de la Fed avaient ensuite contribué à inverser cette tendance, les craintes liées au niveau et à l’évolution de la dette publique américaine restent un sujet d’actualité.
Les récentes prévisions du Congressional Budget Office (CBO, agence fédérale fournissant de l’information économique et budgétaire aux législateurs) le confirment : elles mettent en exergue une trajectoire d’endettement inquiétante aux Etats-Unis au cours des trois prochaines décennies. A politiques inchangées, la dette publique fédérale détenue par le public, déjà proche de la barre des 100% du PIB, grimperait à 166% du PIB d’ici 2054. La dette fédérale détenue par le public se distingue de la dette fédérale brute en tenant seulement compte des obligations financières du gouvernement fédéral envers des créanciers externes, excluant ainsi la dette intra-gouvernementale. La dette publique brute (incluant celle détenue par des agences gouvernementales) atteignait environ 121% du PIB à la fin de l’année 2023.
Le CBO projette une progression rapide du déficit public, qui passerait d’un niveau déjà élevé de 5,5% du PIB en 2024 à 8,5% d’ici 2054. Le déficit moyen au cours des 30 années à venir serait quasiment deux fois plus élevé que celui des 50 dernières années ! Deux tiers de la hausse du déficit public seraient attribués à la charge d’intérêts, le reste à la détérioration du solde primaire, principalement en raison de la croissance attendue des dépenses liées aux principaux programmes de soins de santé et à la sécurité sociale. Les ressources allouées à Medicare, qui fournit une assurance maladie aux personnes de plus de 65 ans et à celles en situation de handicap, augmenteraient de près de 70% sur la période (atteignant ainsi 5,4% du PIB), portées par l’augmentation anticipée des coûts de santé et le vieillissement de la population.
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Des exemptions en passe d’expirer
Qui plus est, ces projections du CBO supposent que l’administration du président qui sera élu en novembre prochain laissera expirer plusieurs dispositions fiscales et budgétaires. Par exemple, la simple prolongation des principales dispositions du Tax Cut and Jobs Act de l’administration Trump, en vigueur depuis 2017 et devant expirer en 2025, entraînerait une diminution des recettes budgétaires d’environ 1 point de pourcentage du PIB. Les deux principaux candidats à l'élection présidentielle ont déjà exprimé leur volonté de prolonger ces dispositions, mais à des conditions différentes : alors que Joe Biden propose de prolonger uniquement les modifications expirantes de l’impôt sur le revenu des particuliers pour les contribuables gagnant moins de 400.000 dollars par an, Donald Trump souhaite quant à lui rendre permanentes les réductions d’impôts sur le revenu des particuliers et les réductions d’impôts sur les successions pour tous les contribuables.
Le coût estimé de la pérennisation de ces baisses d’impôts serait d’environ 3.800 milliards de dollars sur une période de 10 ans. Ainsi, si Donald Trump parvenait à les prolonger en 2025, et à autres politiques inchangées, la dette publique atteindrait près de 123% du PIB en 2035 au sens du CBO (contre 114% dans le scenario central du CBO). De plus, en ajoutant un choc de 100 points de base sur le taux d’intérêt (qui pourrait résulter de craintes plus vives quant à la soutenabilité de la dette américaine), l'écart entre la dette fédérale américaine et le scénario central serait de plus de 21 points de pourcentage sur la même période.
Du côté démocrate, l’objectif affiché est d’accroître les recettes fiscales en augmentant les taux d’imposition sur les sociétés (passant du taux établi par la réforme fiscale de 2017 de l’administration Trump de 21% à 28%) et sur les ménages à hauts revenus (les contribuables possédant une fortune de 100 millions de dollars devant payer au moins 25% de leurs revenus en impôts). Selon la Tax Foundation, ces mesures généreraient suffisamment de recettes pour financer les dépenses supplémentaires envisagées, comme l’expansion de crédits d’impôts ou encore l’extension des dispositions sur le prix des médicaments adoptées dans l’Inflation Reduction Act (IRA). A condition bien entendu que ces réformes passent l’obstacle du vote par le Congrès, ce qui n’est pas gagné d’avance.
Le nouveau paysage des détenteurs de dette
Enfin et surtout, ces incertitudes plus fortes coïncident avec des changements majeurs du côté des détenteurs de la dette américaine : la Fed vend des titres du fait de sa politique de resserrement quantitatif (même si elle a annoncé le 1er mai un ralentissement du rythme de réduction de la taille de son bilan à partir de juin). Les banques commerciales américaines sont aussi en train de réduire leur exposition à la dette publique américaine, celle-ci ayant été à l’origine de craintes quant à leur solidité au printemps 2023. Ces acteurs voient donc leur poids relatif se réduire.
Ils sont en partie remplacés par des acheteurs qui sont plus sensibles aux variations de prix (ménages américains, investisseurs étrangers privés). Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle de novembre prochain, la question de la gestion de la dette publique américaine restera donc centrale dans les années à venir.
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