Structureur, les places sont chères
« Les structureurs de produits dérivés occupent une place centrale dans les process des BFI (banques de financement et d’investissement, NDLR). Les interactions quotidiennes avec le trading, la vente, le marketing ou le juridique font de ce poste une porte d’entrée idéale pour les jeunes diplômés souhaitant commençant leur carrière en salle de marché. » Le constat dressé par Jean-François Mastrangelo, responsable mondial structuration, solutions et produits de Société Générale CIB, se vérifie dans les politiques de recrutement. Sur la dizaine de structureurs recrutée chaque année par SG CIB, la moitié sont des jeunes diplômes pêchés à la sortie d’écoles d’ingénieurs ou de masters en finance quantitative. Même constat chez BNP Paribas CIB. Les équipes structuration basées pour l’essentiel à Londres et Paris, et dans une moindre mesure à New York, Sao Paulo, Hong Kong et Tokyo, accueillent tous les ans une vingtaine de jeunes diplômés qui constituent la grande majorité des nouvelles recrues.
« Nous avons aussi de jeunes ingénieurs qui intègrent chaque année notre programme ‘graduate’ comme structureurs et qui vont, pendant un an, effectuer des rotations sur les différents ‘desks’ afin de se forger une vision sur toutes les classes d’actifs », confie Barbara Leveel, responsable RH pour les activités de marché de BNP Paribas CIB. C’est par ce biais que Marie, 25 ans, a rejoint l’équipe parisienne en 2019. « A l’issue de mon stage de fin d’études, on m’a proposé de rejoindre le programme ‘graduate’ sur un poste à la croisée des ‘desks’ de taux, d’actions et de crédit, raconte cette diplômée de Supelec et du master en management de l’ESCP qui n’a pas choisi la structuration par hasard. J’en avais entendu parler à l’école, notamment par d’anciens élèves lors de forums. Il m’a semblé que ce métier me permettrait de concilier mon appétence pour les mathématiques, et mon intérêt pour la finance, un univers que j’ai toujours trouvé stimulant. »
La fonction recrute aussi des profils plus expérimentés, qui concernent l’autre moitié des embauches chez SG CIB. « Nous allons les chercher le plus souvent en interne pour piloter des chantiers plus structurants, confie Jean-François Mastrangelo. Sur ces postes orientés projets, il nous arrive d’ailleurs d’accueillir d’anciens diplômés d’écoles de commerce, l’expertise en mathématiques quantitative étant moins déterminante. » C’est par la filière interne que Seif Eddine Rimili, 31 ans, a rejoint en mars dernier le desk
structuration de la BFI de La Banque Postale constitué il y a trois ans (lire ‘La parole à...’). « Je travaillais déjà à la structuration de produits dérivés à La Banque Postale Asset Management lorsqu’on m’a proposé ce poste à la BFI, se souvient cet ingénieur d’origine tunisienne, diplômé de l’Enseirb à Bordeaux et du mastère spécialisé techniques financières de l’Essec. La perspective de participer à la montée en puissance d’un jeune ‘desk’ où tout reste à faire m’a incité à accepter ce nouveau défi. »
Il faut dire que les places dans les équipes de structuration sont chères. Chez SG CIB, 80 structureurs travaillent à Londres et Paris, 40 à Hong-Kong et New York. « Comme dans tous les métiers de l’ingénierie financière, la transformation digitale a permis d’automatiser un certain nombre de processus et de concentrer nos structureurs sur des missions à plus forte valeur ajoutée, note Jean-François Mastrangelo. Nos équipes ont ainsi gagné en productivité et ont besoin de moins de monde qu’auparavant pour faire face à la demande client qui n’a, elle, pas baissé. »
Réactif et percutant
Dans un environnement marqué par l’émergence des taux négatifs en Europe ces cinq dernières années, les structureurs ont aussi vu leur métier touché par la pandémie. « Aujourd’hui encore, la plupart des interactions, y compris les présentations aux clients, se font toujours à distance, note Barbara Leveel. Nous recherchons donc désormais des candidats qui, en plus d’être dotés d’une expertise sur les produits structurés, sont capables de manipuler les outils digitaux et de se montrer percutants sur le plan marketing et commercial malgré la barrière de la distance. » Pour le reste, les qualités recherchées n’ont pas changé. « Un bon structureur doit avant tout être performant en mathématiques financières, se montrer innovant et bien comprendre les besoins des clients. Tout en étant capable de résister à une forme de pression, qui n’est certes pas aussi intense qu’au trading mais qui implique de réfléchir rapidement », relève Jean-François Mastrangelo.
C’est d’ailleurs cette adrénaline que Seif Eddine Rimili aime dans son métier. « Lorsque vous devez répondre rapidement à la demande d’un client pour lequel il n’y a pas de solution existante, la réactivité est un élément important de différenciation par rapport aux ‘desks’ concurrents. Vous devez concevoir un nouveau produit structuré en assemblant des instruments simples qui répondent au cahier des charges du client, et en s’inscrivant dans la politique de risque et de prix de la banque. Tout cela est très stimulant sur le plan intellectuel. » « Et même s’il faut effectivement aller vite, il faut conserver un œil et un esprit critiques pour challenger par exemple les modèles mathématiques conçus par les ‘quants’ », ajoute Marie.
Ce n’est donc pas un hasard si la plupart des structureurs restent dans ce métier durant de longues années. « Comme la fonction combine plusieurs dimensions qu’ils apprécient, et qu’ils ne retrouveront pas ailleurs, la plupart évoluent sur d’autres actifs, d’autres régions géographiques ou deviennent managers », observe Barbara Leveel. « Et lorsque nous avons des départs, c’est le plus souvent pour aller à la concurrence sur le même poste, ou pour rejoindre en interne le trading ou la vente, la polyvalence de ce métier permettant d’ouvrir pratiquement toutes les portes », conclut Jean-François Mastrangelo.
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