Réguler la finance devient de plus en plus complexe, s’alarme Jean Tirole
Comment éviter le déplacement des activités bancaires régulées vers la banque parallèle qui échappe en bonne partie à la vigilance du régulateur, et le transfert du risque systémique qui en découle? Cette question était au centre du dîner débat organisé mardi soir par L’Agefi et BNP Paribas en l’honneur du prix Nobel d’économie Jean Tirole. Une question «complexe», a t-il admis.
Selon le chercheur, il faut éviter de reproduire l’erreur faite aux Etats Unis où des institutions financières non régulées ont eu accès à l’argent du contribuable. Normalement les acteurs du shadow banking n’ont pas accès à la banque centrale ni au «back stop public» et, en contrepartie, ils ne sont pas régulés. «Or, à partir du moment où une institution non régulée octroie du crédit et fait courir un risque à un établissement régulé, banque de détail ou compagnie d’assurance, l’Etat est obligé de la sauver», a expliqué celui qui est aussi président de l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE). Jean Tirole dénonce le problème évident d’égalité de concurrence. «Si on autorise les banques d’investissement à avoir accès à l’argent des contribuables ou à celui des banques centrales, sans être régulées, on aboutit à une migration possible du secteur régulé vers celui qui ne l’est pas», dit-il.
Pour contrer le phénomène, les autorités peuvent être tentées de couvrir le plus grand nombre possible d’acteurs. «C’est ce que fait le régulateur en cherchant à réguler les institutions financières systémiquement importantes (Sifi)». Mais Jean Tirole ne cache pas ses doutes. «Les modèles internes nécessitent une connaissance remarquable de la part des régulateurs», dit-il. «Or le staff de ces régulateurs est limité, ils ont déjà du mal à réguler les banques et les assurances, alors s’il faut en plus qu’ils régulent les hedge funds… », s’inquiète le chercheur. D’autant que le cercle des acteurs du marché des dérivés s’étend de plus en plus aux entreprises non financières, dit-il. «La régulation devient de plus en plus technique», s’alarme t-il.
Pourfendeur de l’asymétrie de l’information et promoteur des «situations simples», Jean Tirole recommande une autre voie. «Si on arrive à isoler les banques de détail des compagnies d’assurance et d’autres acteurs parce qu’ils ne sont plus sur des marchés de gré à gré mais sur des marchés centralisés, on peut donner plus de liberté aux banques de détail et aux compagnies d’assurance, car on sait mieux quelle est leur solvabilité».
Plus d'articles du même thème
-
Dans l’immobilier, le syndrome «not in my back yard» peut générer de la valeur
Les oppositions locales, illustrées par le syndrome du «pas chez moi», freinent l'offre immobilière mais favorisent la hausse des loyers des biens déjà existants. -
PARTENARIATPrivate equity européen : une opportunité à considérer de près
Le lower mid-market européen attire par sa complexité et ses valorisations. Le co-investissement en facilite l’accès. -
Nanobiotix profite de données encourageantes dans le mélanome avancé
Les résultats sont tirés d'une étude de phase 1 concernant son traitement expérimental JNJ-1900.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
Contenu de nos partenaires
-
La Fabrique de l'OpinionShahin Vallée : « La France a besoin d'une nouvelle règle budgétaire transpartisane »
Face aux inquiétudes sur la situation financière de la France et au spectre d'une paralysie politique en 2027, l'économiste plaide pour une règle constitutionnelle fondée sur la dépense, plus crédible et plus neutre que celle du RN. -
Quoi de Neuf dans l’actualité Lifestyle du 26 octobre ?
Marin Montagut et Arthus Bertrand signent une collection de médailles porte-bonheur, ALL Accor revoit son programme de fidélité, Swatch fête les quinze ans de sa résidence d’artistes à Shanghai… La rédaction vous livre un florilège des dernières actualités lifestyle. -
Ligne de crêteAu Sénat, un duel corso-corse sur l'autonomie de l'île
Au terme d’un parcours sinueux, le projet de l’autonomie de la Corse est soumis, ce lundi, au vote du Sénat où siègent Jean-Jacques Panunzi et Paul-Toussaint Parigi, les deux élus de l’île que tout oppose