Quand congé paternité rime avec parité
L’idée ne va pas de soi. Elle peut même sembler paradoxale puisqu’il s’agit d’accorder un avantage aux hommes. Pourtant, elle fait largement consensus. Et si un nouveau renforcement du congé paternité permettait de réduire les inégalités entre les genres ?
C’est en partie le sens du nouveau congé de naissance voté récemment par l’Assemblée nationale qui permettrait aux nouveaux parents - y compris et, peut-être surtout, les pères - de prendre deux mois supplémentaires rémunérés entre 60% et 70% de leurs salaires. «Une bonne mesure» qui pourrait permettre une «plus juste répartition de la charge mentale par la suite», selon la sénatrice Laurence Rossignol.
Dans l’univers de la finance, ce sujet est largement mis en avant par ceux qui réfléchissent à des solutions pour favoriser l’émergence de femmes dirigeantes. Dans une interview qu’elle m’a récemment accordée, Anne-Sophie Noury, responsable du restructuring à Paris chez White & Case, estimait particulièrement important que les avocats prennent «leur congé paternité en intégralité et sans culpabiliser». Un point clé pour «assurer une égalité hommes-femmes».
En 2024, la présidente de l’Eiopa, Petra Hielkema, estimait égalementdans nos colonnes que le congé paternité devait «être mieux accepté dans notre société et sur le lieu de travail».
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Enclencher un changement
Lors d’un récent évènement sur les femmes dans la finance auquel ma collègue Laurence Marchal a pu assister, plusieurs intervenants ont également pointé l’importance du congé paternité comme moyen de réduire les écarts professionnels entre hommes et femmes. «Des politiques de congé paternité bien conçues peuvent faire évoluer les normes culturelles et promouvoir l'égalité des sexes sur le lieu de travail comme à la maison», a notamment estimé Marion Festing, une des directrices de la chaire Women in Finance de l’ESCP.
Au-delà des questions de parité au travail, inciter les hommes à prendre plus de temps pour accueillir un enfant pourrait en effet enclencher un changement sociétal plus profond.
Dans une récente étude, la Drees a établi que les pères passent sensiblement moins de temps avec leurs enfants que les mères quel que soit le modèle familial. Dans les familles où les deux parents travaillent à temps plein, ils se retrouvent en moyenne deux fois moins souvent seuls avec leurs enfants de moins de six ans que les femmes. Et même dans les couples où la mère occupe un emploi de cadre, elle passe 10% de sa semaine (nuits comprises) seule avec ses enfants, contre 3% pour le père, soit environ 17 heures contre 5 heures.
Une inégalité qui commence généralement dès la naissance de l’enfant et qui pourrait être au moins partiellement corrigée en accordant des congés plus importants aux nouveaux pères. A condition, bien sûr, qu’ils les prennent - et qu’on les laisse les prendre.
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