L’affaire Archegos interroge sur la capacité des superviseurs à prévenir l'éclatement de ce type de scandale financier.
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Alexandre Garabedian
A la veille de sa chute, Archegos détenait 160 milliards de dollars d’expositions au marché actions américain.
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crédit : Pierre Chiquelin
On savait depuis mars 2021 que l’affaire Archegos était à ranger parmi les épisodes peu glorieux de la finance. La faillite du fonds avait coûté plusieurs milliards de dollars à ses banques, Credit Suisse en tête, forcées de liquider en hâte ses positions. La plainte pour manipulation de marché et fraude que le gendarme boursier américain vient de rendre publique à l’encontre du fondateur du family office, Bill Hwang, et de trois de ses collaborateurs n’en laisse pas moins bouche bée. Cet énième loup de Wall Street a appliqué méthodiquement les recettes d’un accident industriel majeur. Sans que ses prêteurs veuillent ou puissent déceler les signaux de la catastrophe annoncée.
A la veille de sa chute, Archegos en était venu à détenir 160 milliards de dollars d’expositions au marché actions américain, dont plus des trois quarts grâce à l’endettement. Le montant de ses paris avait triplé en quelques semaines et été multiplié par 16 en un an. Son portefeuille était concentré sur moins de dix valeurs, dont il détenait jusqu’à 70% du capital flottant et dont il pouvait ainsi faire varier les cours au vu de son emprise sur les volumes quotidiens d’échanges. Intervenant directement sur les titres des sociétés ou par le biais de produits dérivés, le family office pouvait miser jusqu’à 9 dollars de dette pour un dollar de fonds propres. Pour atteindre de tels effets de levier, il mentait à ses banques, qui ne disposaient pas d’une vue consolidée de l’ensemble de son portefeuille.
Bref, toutes les conditions étaient réunies pour qu’à la moindre correction à Wall Street, Archegos soit forcé d’apporter du cash en garantie auprès de ses créanciers. Donc de vendre une partie de ses actions et d’engager un cercle vicieux. Il ne restait que deux issues possibles selon un scénario maintes fois joué à la Bourse : la banqueroute en quelques heures ou, lorsque le fonds risque d’emporter tout le système financier avec lui, un piteux sauvetage de place, comme pour le hedge fund LTCM en 1998.
Les superviseurs sont restés tout aussi aveugles au danger. Tout juste peut-on saluer, a posteriori, leur efficacité pour mener une enquête et engager des poursuites dans des délais relativement courts et inconnus de ce côté-ci de l’Atlantique. C’est que Bill Hwang et ses pairs évoluent à leur aise dans l’opacité de la finance parallèle. Cet univers peu ou pas régulé s’est nourri, par effet de vases communicants, des contraintes imposées aux banques après la grande crise financière. En choisissant de ne l’appréhender qu’au travers des bilans bancaires, le maillon le plus surveillé de la chaîne du shadow banking, les autorités se sont condamnées à porter des œillères et à courir derrière les scandales. N’en doutons pas, d’autres Archegos attendent dans l’ombre, tant les boîtes noires de la finance grignotent tous les compartiments du marché.
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