Les banques, une variable d’ajustement budgétaire toute trouvée
Pauvres banquiers. Fossoyeurs de l’économie quand les dépressions financières frappent à la porte, profiteurs de crise lorsque les taux d’intérêt grimpent : aucune critique ne leur est épargnée. En cette rentrée budgétaire, les profits du secteur sont désormais appelés à servir de variable d’ajustement des déficits publics. En Italie, le gouvernement Meloni peaufine les derniers détails d’une taxe sortie du chapeau au début du mois d’août. Aux Pays-Bas, c’est un dispositif déjà à l’œuvre qui devrait être alourdi. Ces annonces ont naturellement fait plonger la valeur boursière des entreprises concernées, dont quelques-unes, ironie du sort, comptent leur Etat comme actionnaire.
Les pouvoirs publics manquent de subtilité, certains dirigeants aussi. En faisant tourner à plein régime la pompe à profits, sans verser à l’épargnant sa juste part de la remontée des taux, les banques britanniques ou italiennes ont donné le bâton pour se faire battre. Leurs concurrentes françaises semblent à l’abri d’une telle mésaventure. Elles ont longtemps pratiqué, dans le crédit immobilier, la vente à perte, cet éphémère mantra de Bercy et Matignon. Avec des bilans à taux fixe et des ressources en partie indexées sur le coût du Livret A, leurs marges d’intérêt se contractent en France. Mais, à défaut de ponctionner d’hypothétiques surprofits, le projet de loi de finances dévoilé ce 27 septembre pourrait fournir l’occasion de taxer les rachats d’actions. De quoi encrasser un moteur de performance boursière que toutes les banques européennes ont démarré après la pandémie de Covid.
Ces péripéties le confirment, la banque ne peut pas constituer un secteur comme les autres aux yeux des investisseurs. Elle paie depuis quinze ans le péché de la grande crise financière, dont elle fut l’une des causes, et qui s’est traduite par sa nationalisation partielle en Europe. A la moindre embellie, la voilà rappelée à la prudence et à la modération tarifaire. Qu’une crise advienne, et le régime d’exception se met en place : suspension obligatoire des dividendes en 2020, expropriation des créanciers en 2023 chez Credit Suisse… Et comme la menace plane toujours d’un tour de vis réglementaire, au demeurant justifié dans le cas des Etats-Unis après la faillite de Silicon Valley Bank, les perspectives de rentabilité et de retour aux actionnaires touchent très vite leur plafond. Il ne faut pas chercher plus loin la décote persistante qui afflige les valeurs bancaires en Bourse, et qui n’est pas près de se combler.
A lire aussi: Rachats d'actions, le couteau suisse
Plus d'articles du même thème
-
BBVA crée une division dédiée à l'intelligence artificielle
Le numéro deux bancaire espagnol abandonne le développement isolé de solutions d'IA au profit d'un écosystème commun d'agents intelligents déployé à l'échelle du groupe. -
Accès au marché bancaire, supervision, gouvernance et risques ESG : ce que change la directive CRD6
Dans cette tribune, Christophe Jacomin et Nour Neggaz, avocats chez SCP Herald, font un tour d'horizon des changements induits par cette directive européenne relative aux risques et à la supervision bancaires qui a été récemment transposée dans le droit français. -
Chez Ardian, une succession au long cours qui n’ose pas dire son nom
La nouvelle étape de la lente évolution de la gouvernance du leader français du private equity, créé par Dominique Senequier, illustre combien les succès dans le secteur sont liés à la personnalité qui les incarne.
ETF à la Une
La Bourse de Corée lance des ETF à levier sur Samsung et SK Hynix
- LCL détaille les promesses de son plan stratégique sans parvenir à emballer
- BP renvoie son président pour des «manquements inacceptables»
- Avec Redion, Generali crée un géant de l’assistance et des avantages aux salariés
- BNP Paribas et Mistral repartent pour un tour et vantent leur proximité
- Le corpus réglementaire de lutte contre le blanchiment change le paradigme des institutions financières
Contenu de nos partenaires
-
Vents contrairesEn France, le choc pétrolier relance l’inflation et freine la consommation
Après un premier trimestre en repli, l'économie française encaisse le choc de la crise énergétique, qui alimente le niveau des prix et l'attentisme des ménages -
5 choses à savoir sur le G7 du Numérique
La France organise le G7 Numérique du 27 au 29 mai 2026, réunissant les ministres du numérique des sept plus grandes économies pour coordonner leurs réponses aux défis de l’IA et du secteur digital. -
La fusée New Glenn explose au sol : un coup dur pour Blue Origin et le programme lunaire de Bezos
L'explosion de la fusée New Glenn lors d'un essai au sol, jeudi 28 mai à Cap Canaveral, inflige un sérieux revers à Blue Origin. L'accident pourrait retarder les ambitions lunaires de Jeff Bezos et les échéances du programme Artemis de la Nasa