Les banques régionales américaines inquiètent de nouveau les investisseurs
Deux ans et demi après la faillite de SVB, les banques régionales américaines perturbent de nouveau les marchés. Le secteur a plongé en Bourse jeudi après que trois établissements ont annoncé des mauvaises nouvelles.
Zions Bancorporation a révélé qu’elle enregistrerait une perte de 50 millions de dollars au troisième trimestre sur deux prêts commerciaux et industriels contractés par sa division californienne. Dans le même temps, Western Alliance a annoncé avoir engagé des poursuites pour fraude contre un de ses clients, Cantor Group, tandis que Jefferies a révélé son exposition au fabricant de pièces automobiles en faillite First Brands.
En réaction, Zions a plongé de 13% à Wall Street, Western Alliance a abandonné 10,8% et Jefferies a reculé de 10,6%. Des chutes qui ont entraîné tout le secteur dans leur sillage. L’indice KBW des banques régionales américaines a chuté de 6,3% jeudi et l’indice plus large KBW a perdu 3,6%. Le S&P 500 a clôturé en baisse de 0,6% et les Bourses européennes ont ouvert en net repli vendredi. A Paris, la Société Générale, BNP Paribas et le Crédit Agricole se repliaient de 4,3%, 3,5% et 2,4% respectivement en début de matinée.
De son côté, l’or poursuit son incroyable envolée et approche de 4.400 dollars l’once. Parallèlement, le rendement de l’obligation souveraine américaine à dix ans se détend de plusieurs points de base et tombe à un plus bas depuis mars 2025.
Ces annonces «montrent qu’on ne peut pas tenir la qualité du crédit pour acquise, et qu’une dégradation de cette qualité chez une banque peut rapidement entraîner tout le secteur», a estimé Stephen Biggar, analyste bancaire chez Argus Research, auprès de Reuters.
A lire aussi : L'affacturage à l'épreuve de la fraude
Le précédent First Brands
Les analystes ont établi des parallèles entre les révélations de Zions et l’effondrement de First Brands, qui a mis en lumière des lacunes dans la surveillance des prêteurs et soulevé des questions sur la transparence du marché du crédit.
Des courtiers ont par ailleurs rappelé les récentes déclarations de Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, cette semaine, sur l’anxiété régnant sur le marché du crédit après les faillites de First Brands et du prêteur subprime Tricolor. Alors que les grands prêteurs mondiaux déposent des créances non garanties, cette affaire est devenue un test clé de transparence et de gestion dans le marché du crédit privé, en pleine expansion.
JPMorgan a passé en perte 170 millions de dollars au troisième trimestre en lien avec la faillite de Tricolor et a indiqué qu’elle réexaminait ses contrôles. «Quand on voit un cafard, il y en a probablement d’autres, donc tout le monde doit être prévenu», avait estimé Jamie Dimon.
Certains observateurs considèrent encore ces effondrements comme des cas isolés, liés à des emprunteurs spécifiques plutôt qu’à un problème systémique. Mais ces affaires alimentent l’inquiétude. «En période de crédit facile, les cas de fraude se multiplient», a prévenu Mike Mayo, analyste bancaire chez Wells Fargo. «Pour l’instant, le crédit en général va bien, mais il faut surveiller de près les problèmes récents.»
«Bien que cette affaire semble isolée et concerne deux banques dont la capitalisation boursière est inférieure à 10 milliards de dollars, l’événement a inévitablement rappelé les tensions qui avaient secoué les banques régionales après l’effondrement de SVB en mars 2023. Il soulève également des questions plus larges sur la qualité du crédit, après une longue période de taux élevés et une expansion du marché du crédit privé», estiment pour leur part les stratégiques de Deutsche Bank.
(Avec Reuters)
Plus d'articles du même thème
-
Les perspectives des banques françaises s'assombrissent
Les résultats financiers des banques françaises ont été très solides au premier semestre. Pour autant, il n’y a pas de quoi pavoiser selon Fitch Ratings qui maintient une perspective négative sur le secteur pour 2026. En cause : plusieurs facteurs de risques auxquels le Crédit Mutuel Alliance Fédérale apparaît plus exposé que les autres. -
Revolut se soumet au superviseur français pour crédibiliser son modèle
L'agrément de plein exercice obtenu auprès de l'ACPR et de la BCE donne à la néobanque un gage de sérieux auprès des clients comme des investisseurs. Elle doit également lui permettre de libérer un potentiel de croissance important. -
SpaceX digère avec difficulté le premier afflux de titres post-lock-up
Après ses premiers résultats en tant que société cotée, l’opérateur spatial et d’IA devait passer l’obstacle de la fin de la période de rétention de titres de ses actionnaires historiques. Les investisseurs individuels sont désormais vendeurs nets, ce qui prive l'action d'un soutien majeur.
ETF à la Une
L&G AM lance le premier ETF UCITS exclusivement dédié aux obligations d’Etat africaines
- Boeing obtient enfin un précieux sésame sur le 737 Max
- BPCE profite du jackpot de la marge nette d'intérêt
- L’intervention conjointe pour soutenir le yen révèle un risque majeur
- Bercy exige des banques un meilleur accompagnement des emprunteurs en difficulté
- HSBC récolte les fruits de sa stratégie en Asie
Contenu de nos partenaires
-
En apnéePrix des médicaments : l’Europe retient son souffle face à Trump
Le président américain ne décolère pas contre les différentiels de prix des produits pharmaceutiques entre les Etats-Unis et l’Europe, faisant planer la menace d'un affrontement -
En France, un financement des médicaments innovants au bord de l'implosion
L’Assurance maladie ne cesse d’alerter sur l’explosion des dépenses pour les médicaments innovants. Avec les pressions américaines sur les prix, les laboratoires trouvent un argument supplémentaire -
Les réseaux électriques européens à l'épreuve de l'éclipse solaire
Alors que l'énergie solaire représente entre 20 % et 25 % de la production d'électricité de l'UE pendant l'été, les gestionnaires de réseau européens se préparent depuis des mois à cette baisse éphémère de la production