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Le pour et le contre d’une consolidation bancaire européenne
Faut-il une consolidation bancaire à l’échelle de l’Europe, et laquelle, puisque le président Emmanuel Macron a opportunément ouvert le sujet ? On est pris ici entre deux feux. Consolider, c’est faire grossir les acteurs bancaires et leur donner un pouvoir de marché accru, habituellement sur le dos des particuliers et des entreprises qui se financent. Mais consolider dans un cadre européen, c’est participer, d’une façon qu’il s’agit d’analyser, au renforcement d’un marché européen des capitaux et du crédit. Beaucoup, dans l’argument qui va suivre, repose sur la notion de risque.
Si une banque, la Société Générale par exemple puisqu’elle a été mise en vedette, opère à la fois en Lorraine et au Languedoc, elle diversifie son portefeuille : la conjoncture des deux régions n’est pas synchrone et des pertes faites sur le marché lorrain pourraient être compensées par des gains au Languedoc.
Dans un pays intégré comme la France, les conjonctures régionales sont peu marquées. Mais il en va différemment à l’échelle européenne. Aujourd’hui par exemple, il semble que les pays du sud de l’Europe, Espagne, Portugal et même la Grèce et l’Italie bénéficient d’une meilleure conjoncture que les pays du nord, l’Allemagne pour commencer. Ainsi, on peut supposer qu’au sud, les dépôts restent actifs et les provisionnement sur crédits bas, et l’inverse au nord. Il y aurait donc, du point de vue d’une banque installée dans les deux zones, lissage du résultat par diversification spatiale. Une banque mono-pays est un peu comme une entreprise mono-produit ou mono-client : elle est davantage en risque.
Mais cette assurance accrue, car il s’agit bien de cela, bénéficie aussi à l’économie de l’Union européenne (UE) dans son ensemble. Grâce à ses gains sur la zone sud de l’Union, la dite banque sera moins restrictive dans son crédit sur la zone nord. Il y a donc transfert interrégional de ressources. L’amortisseur mis en place bénéficie à tous. Là est un des enjeux majeurs du marché européen des capitaux, bien plus que de déporter au niveau européen notre rêve français d’avoir des «champions».
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Amortir les chocs
Cet effet d’assurance mutuelle est propre à toute entreprise diversifiée et joue au travers de ses fonds propres. Par diversification géographique, l’entreprise réduit déjà son risque mais, serrant ses marges ici, les augmentant là, elle aide aussi le pays à amortir les chocs spécifiques qu’il peut subir. Cette fluidité contribue à éviter les éventuels déplacements d’usines ou de personnel quittant les zones affectées. La diversification d’un fonds obligataire ou action, il faut le noter, n’a pas cet avantage du transfert de ressources. Elle ne joue qu’à protéger l’investisseur.
Ce double intérêt de réduction de risque et de transfert est à mettre en regard de la concentration qui renforce les rentes d’oligopole. Ce serait le cas si la Société Générale devait être rachetée par une banque française, sous réserve de l’accord des autorités de la concurrence. Car le gros de la concentration bancaire opérée en en France au cours des trois décennies passées s’est faite regrettablement dans le seul cadre national. Même chose ailleurs. Il faut souhaiter, pour une meilleure concurrence sur le marché espagnol que Santander ne puisse racheter Sabadell.
Vient toutefois une objection. Oui, il est bon de diversifier, mais pourquoi a-t-on besoin pour cela d’une fusion de banques ? Après tout, et dans la logique de la fongibilité des flux financiers, il serait plus commode que l’actionnaire fasse lui-même, à son niveau, la diversification en achetant à la fois des actions d’une banque au nord de l’Europe et d’une autre au sud. (Les étudiants en finance reconnaissent ici le fameux résultat de Modigliani-Miller.)
On l’a dit plus haut, la pure diversification financière ne comporte pas de transfert de ressources. Mais il y a en plus un bon et un mauvais argument à opposer à cela. Le mauvais, c’est qu’il y aurait des synergies opérationnelles inaccessibles, il va de soi, par seule diversification financière. Elles sont à arracher à la dure, en travaillant à des réductions conjointes de coût, à une amélioration conjointe de l’offre, à la mise en commun de systèmes informatiques, etc. Il est maintenant documenté pour le secteur bancaire que de telles synergies restent en réalité élusives et qu’elles font face à de fortes «antergies» par la complexité organisationnelle engendrée. Credit Suisse est l’exemple type.
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Le bon argument tient à la nature particulière des banques (le secteur peut-être où le résultat de Modigliani-Miller est le moins pertinent). Chez elles, le risque de défaut ne tient pas seulement à la solvabilité mais aussi à la liquidité, c’est-à-dire au degré de confiance que ses clients lui accordent, avec les va-et-vient qu’on lui connait. Il leur faut donc des volants de sécurité. Ce peut être fait par des mécanismes pan-européens tels qu’une régulation bancaire commune (c’est le cas pour les gros établissements) ou par une assurance européenne des dépôts, un projet toujours en discussion au niveau de la Commission européenne. Mais ce peut être fait aussi directement au niveau de la banque si elle est bien répartie géographiquement.
On dit souvent qu’il n’y aura consolidation bancaire européenne qu’une fois le marché commun des capitaux mis en place. Le lien inverse existe aussi : c’est la venue d’institutions financières pan-européennes, dans l’idéal de taille moyenne, qui aidera la mise en place de ce marché.
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