Concentration bancaire, la parole et les actes
Emmanuel Macron renfile son costume d’ancien banquier d’affaires. Le président de la République veut relancer la constitution de champions européens dans trois domaines, l’énergie, les télécoms et la finance. Quitte à laisser une banque française passer sous pavillon étranger. Interrogé sur le sujet par l’agence Bloomberg en marge du sommet Choose France, le locataire de l’Elysée a indiqué qu’il ne s’opposerait pas, par principe, à une telle opération. Les dirigeants de la Société Générale, que sa sous-performance boursière chronique désigne comme une proie facile, ont dû apprécier.
Dans un pays sujet à de fréquents accès de souverainisme économique, la parole du chef de l’Etat frappe les esprits. Elle est aussi franche qu’isolée. Nul ne peut penser sérieusement que le gouvernement resterait coi si un UniCredit ou un Santander s’avisait de racheter un fleuron tricolore. Bercy n’avait pas mis vingt-quatre heures à dissuader les appétits canadiens de Couche-Tard pour Carrefour en janvier 2021, dans un secteur, la distribution, dont l’importance pour les intérêts vitaux de la nation ne saute pas aux yeux. Autrement stratégique pour l’économie, parfois assimilé à un service public, le secteur bancaire suscite plus volontiers encore le protectionnisme, ici comme chez nos voisins. Même les opérations purement domestiques peuvent se heurter au veto du politique. Le raid de BBVA sur Sabadell, qui bouscule les susceptibilités régionales en Espagne, vaut à l’initiateur de l’offre l’opposition de Madrid.
Il existe certes un contre-exemple, le Crédit commercial de France, racheté par HSBC au nez et à la barbe d’ING. Mais le CCF n’avait pas l’envergure de la Société Générale, et la bataille boursière a eu lieu en 2000, soit une éternité à l’échelle du secteur bancaire. La crise financière, avec son lot de nationalisations forcées, a tout changé. Les nouvelles exigences imposées au secteur et l’incapacité de l’Europe à achever l’Union bancaire rendent trop coûteuses en capital et en liquidité les fusions transfrontières d’envergure. Emmanuel Macron le sait, lui qui fait référence, dans la même interview, aux distorsions de concurrence entre les marchés américain et européen lorsqu’il s’agit d’appliquer les réglementations internationales décidées au Comité de Bâle. Sans changements sur ce front-là, l’idée d’une reprise des grandes manœuvres à l’échelle du continent est illusoire.
A lire aussi : Le mirage des fusions bancaires transfrontalières refait surface
Plus d'articles du même thème
-
BPCE profite du jackpot de la marge nette d'intérêt
Porté par ses activités de détail, notamment dans le réseau des Caisses d’Epargne, le groupe bancaire améliore sa performance opérationnelle avec la première contribution de Novobanco. La banque portugaise, acquise au printemps, joue déjà avec son coefficient d'exploitation à 39%, sur le profil de coûts du groupe. -
Bercy exige des banques un meilleur accompagnement des emprunteurs en difficulté
Les établissements devront mieux évaluer la solvabilité des clients et orienter les emprunteurs en difficulté vers des organismes d’accompagnement indépendants. -
Les banques européennes s’entichent toujours davantage de rachats d’actions
Pas moins de 11 milliards d’euros de rachats d’actions ont été annoncés ou confirmés par les grandes banques européennes à l’occasion de la publication de leurs trimestriels.
ETF à la Une
First Trust et Global X ETFs rejoignent la course aux ETF spatiaux
- La Société Générale affiche une forme olympique avant un nouveau plan à trois ans
- Les investisseurs troquent leurs carrés Hermès contre des sacs Gucci
- La Société Générale augmente sa cible de rentabilité et va racheter 1,5 milliard d'euros d'actions
- L’IA irrigue la croissance des entreprises du CAC 40
- Citadel vole au secours d'un concurrent mis au tapis par la correction de la tech
Contenu de nos partenaires
-
Résultats trimestriels de SpaceX : l'heure de vérité pour Elon Musk
SpaceX dévoile ses premiers résultats trimestriels en Bourse mardi soir, alors que sa valeur a dévissé de moitié en deux mois. Elon Musk devra rassurer face à une dette colossale et des ambitions galactiques -
Deux salles, deux ambiancesCrise de Ceuta : le Maroc au défi de sa réalité sociale
Le royaume multiplie les grands événements et projets d'infrastructure, projetant une image de pays émergent. Son incontestable développement économique reste cependant profondément inégalitaire -
EditoPrésidentielle 2027 et ingérences russes : l'école, premier rempart de la démocratie face aux deepfakes
Après les algorithmes et les réseaux sociaux, le scrutin de 2027 sera le premier à l’heure de l’IA générative. Même si les précédentes campagnes connurent leur lot d’intox et d’infox, pour celle-ci, il va falloir plus que jamais trier le vrai du faux, se méfier d’éléments d’informations avérés mais… manipulés