Le mur de Berlin se fissure
Mieux vaut tard que jamais. Conçue comme un pilier de l’architecture financière post-crise en zone euro, l’union bancaire se trouve dans le même état d’inachèvement que son pendant, l’union des marchés de capitaux. Pendant qu’un groupe d’experts s’ingénie à réinventer la seconde (lire l’Entretien page 6), la première a reçu début novembre un soutien que l’on n’espérait plus, celui d’Olaf Scholz. Même assortie de conditions toutes plus restrictives les unes que les autres, la proposition du ministre allemand des Finances a le mérite de remettre en mouvement un projet qui s’était fracassé sur le mur de l’intransigeance de Berlin, effrayé à l’idée de payer pour ses voisins impécunieux. Cette ouverture a été appréciée comme telle dans les milieux officiels français.
Olaf Scholz ne promet certes pas un grand soir de l’union bancaire. Sa garantie européenne des dépôts, dernier étage de la fusée, ne représente qu’une forme de mutualisation partielle. Sa volonté de pénaliser l’exposition des banques au risque souverain constitue un casus belli et s’est aussitôt attirée les foudres de l’Italie. On chercherait en vain toute référence à la création d’un actif alternatif sans risque en zone euro, un projet sur lequel la Banque centrale européenne planche depuis des années. Le vice-chancelier allemand offre toutefois des pistes de compromis lorsqu’il laisse entendre, par exemple, que les établissements de crédit pourraient plafonner leur détention d’emprunts d’Etat par pays, dans une logique de diversification. Il met également le doigt sur de réels obstacles à la consolidation du secteur, comme les contraintes de liquidité imposées par certains régulateurs nationaux aux filiales de banques paneuropéennes.
L’avenir dira si le dirigeant, qui n’avait consulté ni Angela Merkel ni l’union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière, s’exprimait au nom de son pays ou pour son compte, puisqu’il mène campagne pour la direction du parti social-démocrate, le SPD. Ce changement de ton est néanmoins bienvenu tant le crépuscule de la coalition au pouvoir outre-Rhin gèle toute prise d’initiative sur les grands dossiers européens depuis deux ans. Qu’il s’agisse de relance budgétaire, aujourd’hui cadenassée par des règles archaïques, ou du renforcement de l’union économique et monétaire, dont l’Allemagne oublie un peu vite qu’elle en a été la principale bénéficiaire, Berlin ne pourra rester immobile sur tous les dossiers à la fois. Les faiblesses de son système bancaire, la réinvention nécessaire d’un modèle de croissance historiquement tourné vers l’industrie et l’exportation obligent la première économie de la zone euro à sortir de sa torpeur. Souhaitons que ses dirigeants, à l’image d’Olaf Scholz, n’attendent pas le résultat des prochaines élections au Bundestag en 2021 pour renouer le dialogue avec leurs partenaires.
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