Le modèle des réseaux bancaires français devra se remettre en cause
Le modèle français de banque universelle a-t-il vécu ? Entravés d’un côté dans leurs activités de financement et d’investissement (BFI) par les futures normes de Bâle 3, les établissements subissent de l’autre une pression sur les marges de leurs réseaux de détail.
Ils ne peuvent plus esquiver le sujet. «2011 a marqué une rupture: pour la première fois, le produit net bancaire (PNB) des neufs grands réseaux a progressé moins vite que le PIB français», rappelle Fabrice Asvazadourian, associé chez Roland Berger, qui publie une étude sur le sujet. Le basculement s’est poursuivi en 2012: pour un PIB stable, le PNB a chuté de 1,1% au 30 septembre.
Les banques subissent la pression de la réglementation, qui a imposé la baisse des commissions interbancaires et des commissions d’intervention – qui rendrait la clientèle au budget serré non rentable. Roland Berger estime qu’entre 2011 et 2015, ces limitations provoqueront une perte de revenus comprise entre 1,8 et 2,2 milliards d’euros. Parallèlement, l’évolution de la courbe des taux laisse d’autant moins de marge de manœuvre dans les revenus d’intermédiation que le recul de la production de crédits semble durable. Et l’atout du maintien du taux d’épargne est amputé par le fait que les banques privilégient les produits de bilan (Livrets, comptes à terme) pour préparer Bâle 3, alors que ceux-ci sont moins rémunérateurs que les produits hors bilan (assurance vie…).
Selon Roland Berger, les banques subiront une double peine avec la hausse du coût du risque dans la clientèle des entreprises, crise oblige. Conclusion du cabinet: pour maintenir leur contribution au bénéfice imposable, les réseaux devraient réduire leurs frais de gestion de 5% par an entre 2012 et 2015. Un objectif «inaccessible», reconnaît le cabinet.
Le cabinet suggère plusieurs pistes: revoir l’approche de la clientèle d’entrée de gamme (conquête non prioritaire, utilisation systématique du digital même en agence), répondre aux nouveaux risques (santé, dépendance, etc.), ou simplifier les gammes de produits, à l’image des banques d’Europe du Nord.
Concernant l’épineux sujet de la densité des réseaux en France, l’associé reconnaît qu’«il serait dangereux pour une banque de réduire le nombre de ses agences sans précaution», celle qui en prendrait la première l’initiative courant le risque de perdre de nombreux clients.
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