Le marché attend une recapitalisation massive des banques européennes
D’un côté, une Commission européenne qui demande aux Etats de lancer «une action coordonnée sur la recapitalisation des banques afin de les débarrasser des actifs toxiques qu’elles pourraient avoir», selon les termes de son président José Manuel Barroso. De l’autre, une Autorité bancaire européenne (EBA) qui, tout en démentant de nouveaux tests de résistance, «réexamine la situation des banques en termes de capitaux» trois mois seulement après la publication de ses stress tests.
Les analystes de Natixis y voyaient hier «l’aveu implicite de l’échec des derniers stress tests qui avaient fait l’impasse sur une décote des dettes souveraines et vu Dexia franchir brillamment le scénario stressé avec un ratio core tier one de 10,4%». Les dirigeants européens sont déjà prêts à revoir les termes du plan d’aide à la Grèce du 21 juillet, avec des décotes supérieures à 21% et des provisions supplémentaires au troisième trimestre. En testant des décotes sur les autres dettes - une simple hypothèse, cette fois - le besoin «préventif» en capital atteint la fourchette de 100 à 200 milliards d’euros évoquée mercredi par le FMI.
Les marchés, qui font monter les bancaires sur la nouvelle, attendent un plan massif. En appliquant des décotes de 70% sur la dette grecque, 40% sur l’Irlande et le Portugal, et 20% sur l’Espagne et l’Italie, Natixis trouve un déficit en capital de 182 milliards d’euros pour atteindre un objectif de core tier one de 8%. La Société Générale, Deutsche Bank, Commerzbank et UniCredit seraient, par ordre croissant, les moins bien loties avec des déficits de 7,3 à 12,5 milliards.
Si l’on raisonne en valeur de marché, «sur les 90 banques testées en juillet, la perte latente à couvrir pour les dettes souveraines est d’environ 117 milliards d’euros», note Pierre Flabbée chez Kepler. JPMorgan, Morgan Stanley et Nomura, avec des hypothèses de décotes un peu différentes, arrivent à des besoins de 150 à 200 milliards.Les analystes s’interrogent cependant sur la forme d’une telle recapitalisation: Etat par Etat, comme en 2008-2009, ou à travers la Facilité européenne de stabilité financière, «en dernier recours» selon la chancelière Angela Merkel. De même que sur l’instrument choisi: actions ordinaires ou de préférence. Les premières seraient très dilutives, les secondes capteraient en priorité les résultats futurs des banques et pourraient faire passer au deuxième rang d’autres catégories de créanciers.
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