Le Livret A continue de collecter
Le Livret A a dépassé la barre des 400 milliards d’encours. Ce placement continue de collecter, même si le rythme de cette collecte s’essouffle. Au mois de juin, les sommes placées sur ce véhicule ont atteint 1,34 milliard d’euros, faisant passer ses encours de 399,9 à 401,3 milliards. Sur les 6 premiers mois de l’année, les sommes récoltées se montent à 25,84 milliards d’euros, contre 16,45 milliards à la même période en 2022, et 27,23 milliards pour l’année entière.
Cependant, Bercy ayant décidé de laisser son taux inchangé à 3% le 1er août prochain, contre un taux théorique de 4,1% selon la formule légale, les épargnants pourraient décider dans les prochains mois d’arbitrer vers des produits plus rémunérateurs.
Un concurrent pour l’assurance vie
Un tel arbitrage ne se voit pas encore dans les chiffres. L’assurance-vie, par exemple, souffre de sorties supérieures aux entrées sur le fonds en euros. Selon les derniers chiffres publiés par France Assureurs, ce support d'épargne affichait une collecte nette négative de -1,6 milliard d’euros au mois de mai - unités de compte et fonds en euros confondus -, tandis que la collecte nette reste légèrement positive à 2,7 milliards pour les cinq premiers mois de l’année. L’assurance-vie, dont la rémunération moyenne en 2022 a été inférieure à celle du Livret A, pâtit de la concurrence de l'épargne réglementée.
A lire aussi: Les unités de compte ne font pas mieux que le fonds en euros depuis cinq ans
«Si Bercy a décidé de maintenir pendant 18 mois le taux du Livret A à 3% au lieu de l’augmenter en août, c’est pour éviter d’accélérer les sorties sur les fonds en euros, assure le patron d’un petit assureur vie. Certaines compagnies risquent de devoir réaliser les moins-values sur leurs portefeuilles obligataires pour faire face aux sorties.»
En revanche, comme le Livret A, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) draine l'épargne des Français, avec une collecte de 830 millions au mois de juin, et de 8,7 milliards sur l’année. Au total, ces deux livrets réglementés auront cumulé 2,16 milliards de collecte le mois dernier et pèsent 544,2 milliards d’euros.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse