Le Crédit Agricole prend 10% du capital de son cousin belge
C’est la première opération stratégique annoncée par Olivier Gavalda depuis qu’il est devenu directeur général de Crédit Agricole SA le 14 mai, mais elle était sur le feu depuis des mois. La banque verte a dévoilé ce mercredi, après la clôture de la Bourse, un partenariat stratégique avec le groupe coopératif belge Crelan.
L’opération se traduira par l’entrée du Crédit Agricole au capital de son voisin à hauteur de 9,9%, et des accords de distribution en Belgique pour ses différentes usines de production, de la gestion d’épargne au financement. L’impact sera «non significatif» sur le ratio de solvabilité CET1 du groupe français. Crelan affichait 2,85 milliards d’euros de fonds propres à fin 2024, selon son rapport annuel.
Entre les deux maisons, la proximité culturelle et capitalistique est ancienne. Crelan est l’ancien Crédit Agricole belge, fondé par l’Etat en 1937. Jusqu’en 2014, il était même détenu pour moitié par Crédit Agricole SA (5%) et surtout deux caisses régionales, celles de Nord de France et de Nord-Est (22,5% chacune). Ces liens répondaient alors à une logique de proximité avec des clients, entreprises et particuliers, qui pouvaient être servis des deux côtés de la frontière. Mais le groupe français, en plein recentrage après la crise de la zone euro et le sinistre Emporiki en Grèce, avait choisi de se retirer en cédant ses parts aux coopératives belges.
1,7 million de clients en Belgique
Ce retour chez le cousin belge s’inscrit cette fois dans une logique de partenariat à l’échelle de CASA, déjà appliquée dans d’autres pays, par exemple en Italie chez Banco BPM. Le modus operandi, une prise de participation minoritaire à l’appui d’accords commerciaux, rappelle furieusement la stratégie d’expansion internationale des banques françaises au début des années 2000. Le ticket de 9,9% permettra de nouer des collaborations dans la gestion d’actifs avec Amundi, dans la banque privée et la gestion de fortune avec Indosuez Wealth Management / Bank Degroof Petercam, et dans le crédit-bail avec CA Leasing & Factoring.
«Crelan et le groupe Crédit Agricole ont également l’intention de mettre en place d’autres initiatives commerciales communes dans un avenir proche», ajoute un communiqué commun. Les deux groupes «prévoient de finaliser l’accord de partenariat dans les mois à venir, l’accord restant soumis aux négociations finales».
La banque verte était déjà présente dans le «plat pays» au travers de différentes filiales métiers, comme Amundi, et y revendique autour d’un millier de collaborateurs. Elle s’y est renforcée en bouclant l’an dernier la prise de contrôle de la banque d’affaires et banque privée Degroof Petercam. Avec Crelan, elle s’ouvre désormais un réseau de distribution de 727 agences qui servent près de 1,7 million de clients. Son partenaire pointe au cinquième rang des banques belges par le total de bilan. Celui-ci approchait 56 milliards d’euros fin 2024, après le rachat de la filiale bancaire d’Axa en Belgique.
A lire aussi : Philippe Brassac laisse un Crédit Agricole à la force pas si tranquille
Plus d'articles du même thème
-
Revolut se soumet au superviseur français pour crédibiliser son modèle
L'agrément de plein exercice obtenu auprès de l'ACPR et de la BCE donne à la néobanque un gage de sérieux auprès des clients comme des investisseurs. Elle doit également lui permettre de libérer un potentiel de croissance important. -
Revolut décroche son agrément bancaire français
La néobanque a annoncé le 10 août que sa filiale Revolut Bank S.A. a obtenu une licence bancaire de plein exercice, au terme d'une instruction conjointe de l'ACPR et de la BCE. Le groupe dispose désormais de deux établissements de crédit dans l'Union, la filiale française ayant vocation à porter l'ensemble de l'activité en Europe de l'Ouest. -
MPS tente de garder la maîtrise de son destin
Portée par des comptes trimestriels meilleurs que prévu, la banque toscane envisage des options de défense.
ETF à la Une
Fineco AM lance trois ETF Ucits avec Amundi
- Boeing obtient enfin un précieux sésame sur le 737 Max
- BPCE profite du jackpot de la marge nette d'intérêt
- L’intervention conjointe pour soutenir le yen révèle un risque majeur
- Bercy exige des banques un meilleur accompagnement des emprunteurs en difficulté
- HSBC récolte les fruits de sa stratégie en Asie
Contenu de nos partenaires
-
IdentitésProfiter d'un immense succès européen
L'Europe a pris le relais des États-Unis pour l'aide militaire à l'Ukraine. Ce succès met en lumière un nouveau modèle de défense rapide et massif que Paris ignore encore -
Trouble-fêteLe pacte de La Mecque, une opportunité pour la Chine et un camouflet pour l'Inde
Si l'accord conclu entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan est une réponse à la situation actuelle au Moyen-Orient, il n'est pas sans conséquence sur l'équilibre stratégique en Asie -
Marche à l'ombreLa stratégie du silence contrariée de Gérald Darmanin
Après un mois de juin chargé en interventions médiatiques dans la foulée de la mort de Lyhanna, le ministre de la Justice s'est fait discret cet été. Un silence qui a volé en éclats avec la révélation de son courrier à Laurent Nuñez, pointant les défaillances des services de police dans la prise en compte des violences faites aux mineurs