La Société Générale crève les taux planchers de l’assurance vie
La Société Générale a brisé un tabou en annonçant hier un rendement inférieur à 1% en 2019 pour certains clients de ses contrats d’assurance vie. Une première pour la banque de La Défense. Ses produits grand public Erable Essentiel et Sequoia serviront des taux nets «compris entre 0,90 % et 1,38 %, en fonction de l’encours », précise un communiqué de Sogécap, la compagnie d’assurance vie du groupe. «Dans un environnement financier marqué par des taux bas, voire négatifs», le rendement de l’ensemble des fonds en euros commercialisés par la Société Générale s’établira en moyenne à 1,35% pour l’année écoulée, contre 1,75% en 2018. Soit un net repli de 40 points de base (pb).
«Cette baisse est conforme à nos attentes pour le marché français. Nous anticipons un rendement net de 1,40% en moyenne pour les fonds en euro en 2019, après 1,80% en 2018, explique Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet de conseil Facts & Figures. Cette diminution de 40 points de base constitue un rattrapage, sachant que beaucoup d’assureurs comme la Société Générale avaient décidé, à tort, de ne pas baisser leurs taux l’an dernier. Pour autant, le rendement de l’actif général des compagnies va rester en moyenne très élevé, en passant de 2,85% à 2,60% environ». Cette résilience est notable, compte tenu des inquiétudes sur la solidité financière des assureurs vie français, très exposés à la dette des Etats de la zone euro, peu ou pas rémunératrice. Ainsi la Société Générale n’avait pas exclu la nécessité d’augmenter le capital de Sogécap au quatrième trimestre, compte tenu de cet environnement peu favorable.
Les mutualistes généreux
Ces dernières semaines, trois assureurs étrangers, Aviva, Swiss Life et Generali, ont agité les esprits en dévoilant, les premiers, des baisses drastiques de rendement en France. Tous trois se sont calés sur 1% minimum pour leurs fonds en euro. Soit une baisse pouvant atteindre 75 pb chez Generali et 50 pb chez Swiss Life, qui ont depuis détaillé leur politique de rémunération. «Il y a toutefois un décalage entre les annonces et la réalité, nuance le consultant. Les assureurs cherchent à dissuader les épargnants d’investir sur les fonds en euros, en communiquant sur des fortes baisses, au profit des contrats en unités de compte (UC), moins coûteuses pour la profession. Chez Swiss Life, les taux servis en 2019 varient en réalité entre 1% et 2,70%, selon l’encours, la proportion d’UC et le statut du client.»
A rebours de cette tendance, les entités du groupe mutualiste Covéa ont annoncé ce mardi des taux uniques et toujours généreux : 1,90% à la GMF (-20 pb sur un an), 1,75% à la Maaf (-10 pb) et 1,47% chez MMA (-4pb). «Le groupe Covéa est assis sur des réserves phénoménales et une compagnie comme GMF Vie est favorisée [dans sa gestion actif-passif] par sa collecte nette limitée, ses plus-values latentes considérables, notamment dans l’immobilier, et sa provision pour participation aux bénéfices (PPB ou réserve des contrats, ndlr) supérieure à 5%», relève Cyril Chartier-Kastler.
Un précédent à 0,75% au Crédit Agricole
A l’inverse, les bancassureurs comme la Société Générale sont réputés pour le pilotage serré de leur solvabilité et de leurs rendements. L’an dernier, le Crédit Mutuel Nord Europe et le Crédit Mutuel Arkéa avaient versé seulement 1% sur leurs assurances vie respectives Opale et Prévi-Retraite. Le Crédit Agricole s’était quant à lui aventuré bien en-deçà en versant 0,75% sur son vieux fonds en euros monosupport Confluence.
La plupart des grands acteurs de la Place annonceront leur politique de rémunération pour 2019 dans les prochaines semaines. Le 14 janvier, les associations d’épargnants Afer et Gaipare donneront le «la» du secteur en dévoilant le taux de leurs contrats.
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