La liquidité bancaire devient un sujet de patriotisme économique
Il y a eu la Belgique, l’Autriche, et maintenant l’Allemagne. Dans un monde où la liquidité bancaire devient prisée, les superviseurs sont enclins à surveiller de plus près les flux de trésorerie entre les établissements de crédit locaux, et leurs maisons mères ou filiales à l’étranger. Un moyen de préserver le financement aux économies nationales, alors que la crainte d’un credit crunch hante la zone euro.
Cette tendance à la «nationalisation» des liquidités bancaires a trouvé un relais outre-Rhin. La BaFin souhaite limiter la capacité de HVB, filiale d’UniCredit, à remonter sa trésorerie voire ses capitaux propres vers son actionnaire italien, selon le magazine Manager Magazin. Le superviseur allemand aurait même envisagé de dresser un cordon sanitaire autour de la banque bavaroise, avant d’y renoncer.
Cette initiative rappelle celle de la Belgique, qui a déjà lancé les hostilités en matière de liquidité bancaire (L’Agefi Quotidien du 31 octobre). Dans un pays traumatisé par les affaires Dexia et Fortis, la presse a soupçonné BNP Paribas de pomper la trésorerie de sa filiale locale. En fait, net des dépôts qu’il place auprès de Fortis, le groupe français bénéficiait à fin septembre d’environ 1,5 milliard d’euros de ressource «belge».
Il n’empêche, une nouvelle réglementation s’appliquera fin 2012. En transposant la directive CRD 2, la Belgique a limité l’exposition des banques locales envers leur maison mère étrangère à 100% de leurs fonds propres. Jusqu’à présent, aucun plafond n’était fixé aux opérations intragroupes.
L’Autriche, elle, a choisi d’empêcher ses banques d’assurer les fins de mois de leurs filiales étrangères. Ces dernières ne devront pas prêter plus de 110% de leurs ressources locales. La décision, publique, a accru la pression sur les économies d’Europe centrale. «C’était assez maladroit. Un superviseur peut mettre en place ce genre de mesures, mais pas le clamer sur tous les toits», se désole le directeur financier d’une banque française.
L’intérêt national peut aussi avoir ses bons côtés. Avant l’été, la Fed avait encouragé les fonds monétaires américains à réduire leur exposition aux banques européennes. «Mais lorsqu’elle a vu que la pénurie de billet vert en Europe affectait par contrecoup le financement de l’économie américaine, elle a réactivé et baissé le coût de ses lignes de swaps en dollar avec la BCE», relève le même banquier.
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