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Pour trouver l’exposition des entreprises au pétrole, cherchez leurs émissions de CO2
Posez la question à n’importe quel analyste financier : quelle est la sensibilité d’Airbus, d’ArcelorMittal ou de Carrefour à une hausse du prix du pétrole ? Silence gêné. Ce chiffre n’existe pas dans les rapports annuels. Personne ne le publie. Personne ne le calcule. Pourtant, c’est peut-être l’indicateur le plus important pour un investisseur en 2026.
Et la réponse se cache en réalité sous nos yeux depuis des années : les émissions de CO2.
Une équivalence simple et ignorée
La logique est simple : une entreprise qui émet massivement du CO2 est par définition une entreprise fortement dépendante des énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole) que leur combustion émet. Ses émissions de CO2e deviennent alors un proxy de son exposition au risque énergétique, bien plus concret que de nombreux indicateurs extra-financiers.
Les émissions de CO2e, scope 1 et 2 publiées avec CSRD, sont la seule donnée publique qui permet de reconstituer un ordre de grandeur de la dépense énergétique fossile — ce que le compte de résultat standard n’indique pas directement.
Par exemple, un baril de pétrole acheté 100 dollars émet 0,6 tonne de CO2e, alors chaque tonne de CO2e «contenue» dans ce baril revient implicitement à 167 dollars.
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Ainsi, une entreprise qui déclare 10.000 tCO2e (scope 1 lié au pétrole) a dépensé environ 1,67 million de dollars en énergie fossile - une donnée invisible dans son compte de résultat, reconstituable grâce à la CSRD en Europe.
En appliquant un coût social du carbone en euros aux tonnes de CO2e émises déclarées par les entreprises, on obtient même une nouvelle lecture de leur rentabilité. Pour certaines, la facture carbone représente plusieurs fois leur Ebitda.
Ce que les notes ESG ne disent pas
On aurait pu espérer que les notes ESG répondent à cette question. Elles ne le font pas vraiment. Pourquoi ? Parce qu’elles agrègent des centaines de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance : diversité du conseil d’administration, politique de formation, gestion des déchets, parité salariale, etc. L’exposition au risque carbone se retrouve diluée dans l’ensemble.
Et les agences elles-mêmes divergent fortement. Florian Berg, chercheur au MIT, a comparé six grandes agences ESG dans une étude publiée en 2019 dans la Review of Finance. Corrélation moyenne entre leurs notes : 38 à 71%. À titre de comparaison, les agences de crédit Moody’s et S&P affichent une corrélation de 99% sur leurs notations financières.
Florian Berg décrit également un «effet de halo» : lorsqu’une agence a une opinion favorable d’une entreprise, elle tend à lui attribuer de bonnes notes sur l’ensemble des critères. Résultat : les notes ESG peinent encore à mesurer précisément l’exposition réelle au risque carbone.
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Des chiffres qui parlent
Les ordres de grandeur sont révélateurs. Pour certaines entreprises industrielles ou de services fortement émettrices, le coût théorique des émissions représente une part très importante de leur Ebitda.
La RATP a récemment introduit un indicateur inédit dans ses résultats annuels publiés le 13 mars : un Ebit décarboné de 255 millions d’euros, soit 65% de son Ebit total. Ses émissions ont baissé de 40% depuis 2019.
Ce type d’indicateur a le mérite d'être lisible, vérifiable et comparable. Il permet de poser une question simple : que reste-t-il de la rentabilité d’une entreprise si le carbone a un prix reflétant réellement son coût économique et climatique ?
Un seul ratio, une seule question
La vraie question pour un investisseur n’est peut-être plus : «cette entreprise a-t-elle une bonne note ESG ?» mais plutôt : «si le carbone a un prix demain, est-ce qu’elle reste rentable ?»
Les émissions de CO2 apportent une partie de la réponse. Elles donnent une mesure concrète de la dépendance aux énergies fossiles et de la vulnérabilité face à un choc énergétique.
Un gros Ebitda ne suffit plus. Une bonne note ESG non plus. Ce qui compte de plus en plus, c’est le rapport entre ce qu’une entreprise émet et ce qu’elle gagne.
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