Commerzbank déprécie ses crédits d’impôt
Après les écarts d’acquisition, place au nettoyage des crédits d’impôt différés. Incitées à purger leur bilan des excès passés, les banques européennes placent les comptes annuels 2012 sous le signe des dépréciations. Alors que Crédit Agricole SA a annoncé le 1er février près de 3 milliards d’euros d’écritures comptables relatives à ses goodwills et à sa participation dans BES, Commerzbank a donné hier un coup de projecteur sur un autre élément du bilan des banques: les deferred tax assets (DTA), crédit d’impôt dû à la différence entre résultat comptable et résultat imposable.
La banque allemande, qui ne publiera ses comptes détaillés que le 15 février, a dit s’attendre à une perte nette de 720 millions d’euros au quatrième trimestre 2012, bien supérieure aux prévisions des analystes. Outre une moins-value déjà annoncée de 185 millions sur la vente de sa filiale Bank Forum, c’est une dépréciation exceptionnelle de 560 millions d’euros de crédit d’impôt (673 millions en brut) qui explique cette perte nette. Les comptes annuels feront par ailleurs apparaître une stagnation des revenus à 9,9 milliards, une baisse de 12,5% des coûts sur un an à 7 milliards, et une hausse de 1,4 à 1,7 milliard des provisions pour perte de crédit.
L’annonce de Commerzbank montre les limites du concept de DTA. Ces crédits d’impôts ont jusqu’à présent été comptabilisés dans le capital tier one des banques, même si les analystes financiers retraitent cet élément. Sous Bâle 3, ils seront progressivement déduits du calcul du common equity tier one à horizon 2018. Les DTA soulèvent deux problèmes: la capacité d’un établissement à les activer dépend de ses bénéfices futurs, et leur comptabilisation revient à enregistrer une créance sur un Etat. En 2011, par exemple, Crédit Agricole SA avait déprécié les deferred tax assets d’Emporiki compte tenu des pertes abyssales de sa filiale grecque.
Commerzbank prend ainsi acte de perspectives bénéficiaires moins favorables. La banque allemande affichait à fin juin 2012 des DTA équivalents à 14% de son capital tier one, selon les analystes de CreditSights. En proportion, c’est chez les banques italiennes que l’on trouve les crédits d’impôt les plus importants: jusqu’à 49% chez Monte dei Paschi et près de 22% chez Intesa Sanpaolo. Au sein des banques françaises, la moyenne est d’environ 10% du capital tier one.
Plus d'articles du même thème
-
La bonne tenue des actions européennes est suspendue au test des bénéfices
Les actions ont rebondi en Europe avec l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran et la forte baisse du pétrole. Certains n’y voient qu’un rattrapage désormais achevé, d’autres croient qu'une deuxième vague de hausse est possible si la conjoncture continue de s'améliorer. -
Les dettes AT1 pourraient devenir un sujet de compétitivité pour les banques
La Banque des règlements internationaux a exposé ses propositions pour les dettes subordonnées Additional Tier 1 (AT1). L’institution donne l’impression de vouloir imposer aux banques européennes de nouvelles règles complexes, pas toujours adaptées. -
Voyageurs du Monde va quitter la Bourse parisienne
Avantage, regroupant les fondateurs et les actionnaires institutionnels du voyagiste, lancera une OPA simplifiée, voire une offre publique de retrait, au prix de 180 euros par action. Une offre, avec une prime de 24% sur le dernier cours, qui valorise le groupe 807 millions d’euros.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- Le Crédit Agricole lancera une offre de trading crypto avant la fin de l'année
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
- Les actions coréennes approchent du bear market
Contenu de nos partenaires
-
PrésidentielleMarine Le Pen choisit le tribunal des urnes
Ni empêchée, ni réhabilitée, Marine Le Pen a décidé d’ouvrir une troisième voie pour se présenter à la présidentielle. Celle d’un pourvoi en cassation qui suspend sa peine, malgré le risque de se voir imposer un bracelet électronique début 2027 -
Mauvaise piocheMarine Le Pen candidate : scénario noir pour les héritiers du macronisme
Edouard Philippe et Gabriel Attal ont vite réagi, le 7 juillet, pour contrer la candidate qui les menace le plus. Ils estiment Marine Le Pen plus difficile à battre que Jordan Bardella -
EditorialMarine Le Pen candidate : les juges et la politique, troisième round
C’est une leçon pour l’avenir : le pouvoir des juges doit s’arrêter là où la liberté démocratique est menacée