Bruxelles veut prendre le contrôle sur la compensation britannique
La City est officiellement mise en garde : Bruxelles pourrait obliger des chambres de compensation (CCP) basées en Grande-Bretagne à relocaliser leurs activités sur le continent après le Brexit. La Commission européenne a dévoilé hier des propositions pour renforcer la supervision de ces infrastructures de post-marché et permettre aux autorités européennes de mieux prévenir les risques qui leur sont liés alors que les récentes obligations de compensation des produits dérivés les rendent plus cruciales pour le système financier.
Ces propositions doivent aussi répondre aux inquiétudes formulées par des politiques et superviseurs financiers européens et notamment français. Alors qu’une grande partie des produits dérivés libellés en euros est compensée à Londres, notamment par la chambre du London Stock Echange, LCH, ces derniers redoutent, qu’après le Brexit, les autorités de supervision ne soient plus en mesure de prévenir et gérer des crises liées aux CCP britanniques.
La Commission propose d’imposer des règles plus strictes en matière de capital, de liquidité, de ségrégation des actifs, etc. pour les CCP de pays tiers qui sont considérées comme systémiques pour la stabilité financière européenne. Ce sera au régulateur européen des marchés financiers, l’Esma, de juger du caractère systémique de la chambre, notamment en fonction de la taille de la société et de l’importance de ses activités en euros. L’Esma pourra estimer que certaines CCP sont d’une «importance systémique substantielle». Dans ce cas, la Commission pourra déclarer que la CCP doit être installée sur le territoire de l’Union si elle veut y fournir des services.
Le lobby de la City estime l’UE sous-équipée
Alors que l’industrie des dérivés, représentée par l’Isda, redoute que les règles européennes débouchent sur une augmentation des exigences en collatéral pour les banques (marges initiales) de 20%, la Commission reconnaît que cette situation «pourrait conduire à une augmentation potentielle des coûts de transaction en raison d’une fragmentation du marché et des conséquences pour la liquidité des instruments compensés». Pour éviter autant que possible la fragmentation, la Commission assure cependant qu’elle envisagera «des arrangements spécifiques basés sur des critères objectifs» pour certaines chambres clé.
«L’Union européenne n’est tout simplement pas équipée pour gérer les volumes compensés par le Royaume-Uni chaque jour», a réagi hier le lobby de la City, City of London. Et d’assurer qu’une relocalisation de CCP «pourrait augmenter le risque systémique». «Dans l’hypothèse où on prendrait la voie de la relocalisation d’une chambre de compensation, il ne faudrait pas que cela conduise à pénaliser des établissements européens», prévient Laurent Vincent, avocat chez Gide.
La Commission insiste par ailleurs sur le fait que ses propositions ne remettent pas en cause l’accord qui permet aux banques européennes de passer par des CCP américaines et vice-versa. «Comment l’Union peut-elle justifier qu’elle ne pourrait se satisfaire de mesures de double supervision alors que les Etats-Unis fonctionnent sur le modèle de double supervision», s'étonnait récemment un banquier.
Plus d'articles du même thème
-
Le Parlement européen propose un compromis bancal sur la titrisation
La Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a voté le 5 mai une proposition devenue très politique sur la révision de la titrisation, à tel point que les amendements adoptés ont pu faire reculer certaines avancées proposées par la Commission européenne. Le trilogue s’annonce compliqué. -
La Commission européenne publie des lignes directrices sur la liquidité des fonds monétaires
Peu visibles du grand public, ces géants discrets jouent un rôle central dans le fonctionnement de l’économie européenne. Bruxelles propose quelques nouvelles orientations pour assurer la liquidité des fonds monétaires. -
ESG: Wellington Management retire ses restrictions d'investissement sur l'esclavage moderne dans trois fonds Ucits
La société de gestion américaine Wellington Management a modifié la catégorisation SFDR de trois fonds, abandonnant au passage leurs critères d'investissement durable relatifs à l'esclavage moderne.
ETF à la Une
VanEck émet un nouvel ETF pour miser sur l’économie spatiale
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- State Street France lance un plan de départs après la perte de son principal client
- Le Crédit Agricole veut combler son retard sur l'entrée en relation bancaire digitale
- Le Crédit Mutuel Arkéa veut se lancer dans les cryptomonnaies
- La lutte contre la fraude à l'IBAN prend un nouvel élan
Contenu de nos partenaires
-
Première!2025, l’année où les conflits ont fait exploser les déplacements internes de population
Publié mardi, un rapport d'organismes internationaux dévoile que les guerres et violences ont augmenté les déplacements internes de populations de 60 % à l'échelle mondiale. Un recensement alarmant que les coupes budgétaires dans les structures humanitaires compliquent -
Sous pressionInflation américaine à 3,8 % : mauvais timing pour Donald Trump
Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un niveau record depuis trois ans, alors que Donald Trump poursuit sa guerre en Iran et que son candidat Kevin Warsh se rapproche de la présidence de la Fed -
Cellule dormante2027 : sur les réseaux sociaux, l'autre campagne qui vient
Entre mise en scène personnelle, stratégies d’influence et mobilisation de communautés en ligne, Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella et Gabriel Attal redéfinissent les codes de la présidentielle