BPCE et Generali enterrent leur projet de mariage dans la gestion
La politique a gagné, l'économie a perdu. BPCE et Generali ont officialisé jeudi à la clôture de la Bourse l’abandon du projet de rapprochement de leurs activités de gestion d’actifs, que les deux groupes avaient dévoilé en début d’année. Ils ont mis fin «d’un commun accord à leur négociation en vue de créer une coentreprise».
La mise en commun des activités de gestion d’actifs entre la banque française et la compagnie d’assurances italienne devait donner lieu à la création d’un champion européen gérant près de 2.000 milliards d’euros d’actifs. L'échec du projet était malheureusement prévisible. Dès le départ, des oppositions politiques s'étaient exprimées, du côté du gouvernement italien, au nom de la souveraineté économique. Rome craignait que Generali, investisseur de premier plan dans la dette italienne, ne passe sous la coupe des Français, malgré les garanties données sur l'équilibre de la gouvernance.
Rome, ville fermée
«Le projet industriel faisait beaucoup de sens, mais les conditions externes n’ont pas pu être réunies», constatait jeudi un observateur. La banque et l’assureur, qui ont travaillé étroitement à ce projet, s'étaient donné jusqu'à la fin de l’année pour aboutir. Mais, depuis cet été, plus grand monde ne misait sur une issue positive.
Annoncé en janvier, l’accord prévoyait le rapprochement de Natixis Investment Managers et Generali Investments Holding dans le cadre d’une opération à 9,5 milliards d’euros de valeur d’actifs. Malgré le poids plus important du gérant français en termes d’encours et de rentabilité, le projet était présenté comme un mariage entre égaux, avec une répartition à 50/50 du capital et une gouvernance à parité entre les deux maisons. Si les asset managers étaient réunis, l’asset owner Generali, en tant qu’assureur, devait rester maître de ses décisions d’investissement, notamment en emprunts de l’Etat italien. Le schéma n’a pas convaincu Rome.
«Avoir de grandes banques et de grands assureurs capables de soutenir la dette du pays en cas de problème, sur un simple coup de fil du ministre, c’est le nerf de la guerre », confiait récemment un banquier italien à L’Agefi en tablant sur un échec des discussions. «Vous pouvez prendre toutes les garanties nécessaires, dans un tel schéma une distance finit toujours par se créer entre l’allocation d’actifs et les équipes qui gèrent effectivement pour vous», souligne un assureur français.
Dès le premier jour, les vents hostiles se sont levés. L’homme d’affaires Gaetano Caltagirone et Delfin, la holding de Leonardo Del Vecchio (aujourd’hui décédé), actionnaires de Generali et porte-parole officieux du gouvernement, étaient opposés à ce mariage promu, côté transalpin, par Philippe Donnet, le patron de l’assureur. Depuis, la prise de contrôle de la banque d’affaires Mediobanca par Monte dei Paschi a renforcé le poids du tandem Caltagirone/Delfin au tour de table de la compagnie.
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Une pierre dans le jardin de l’Union des marchés
Chacun va désormais reprendre sa route. Chez BPCE, on se consolera avec les bons résultats commerciaux de la gestion d’actifs. A fin septembre, Natixis IM gérait 1.300 milliards d’euros et revendiquait une collecte nette sur neuf mois de 23 milliards, après un millésime 2024 exceptionnel. Chez Generali, dont la gestion affiche 700 milliards d’encours, à 63% pour le compte de l’assureur, les questionnements stratégiques ne manqueront pas de ressurgir. Confrontés à une pression constante sur les marges, à la montée en puissance de la gestion passive et à la concurrence féroce des géants américains sur le Vieux continent, les acteurs généralistes de taille moyenne ne peuvent rester l’arme au pied.
Derrière Amundi, et alors que BNP Paribas orchestre la reprise d’Axa IM, le nouvel attelage franco-italien promettait de constituer un troisième gestionnaire d’actifs paneuropéen de grande envergure. Cet échec constitue donc aussi un revers pour l’intégration financière européenne et la relance de l’Union de l'épargne et de l’investissement. Ce que BPCE et Generali disent à leur manière dans leur communiqué, en renouvelant «leur engagement à développer une industrie financière dynamique, en soutenant l'émergence de champions européens compétitifs à l'échelle mondiale, capables de contribuer au succès économique de l’Europe». Une Europe où les fusions transfrontières de banques ou de gestionnaires d’actifs se heurtent encore trop souvent à un patriotisme de mauvais aloi.
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