Berlin mène un combat d’arrière-garde chez Commerzbank
Il flotte comme un parfum de panique à Berlin. Loin de décourager l’offensive d’UniCredit sur Commerzbank, chaque prise de parole du gouvernement allemand semble renforcer la détermination de la banque italienne. Voilà celle-ci désormais actionnaire à 21% du capital de sa concurrente, et prête à monter jusqu’à 29,9%. Une position largement construite à partir de produits dérivés qui offrent à l’établissement transalpin et à son patron Andrea Orcel une palette d’options – attendre, pousser son avantage ou vendre avec une plus-value si la transaction échoue.
Le chancelier Olaf Scholz a beau s’époumoner contre les offres de rachat hostiles et défendre l’indépendance de Commerzbank, ses arguments tombent à plat. Début septembre, Mario Draghi, dans la droite ligne des précédents experts conviés au chevet de la compétitivité européenne, a fait de la fragmentation du système bancaire l’une des causes de la faiblesse de l’investissement sur le continent. Lutter contre la consolidation du secteur, à l’heure où les banques américaines ne se privent pas d’attaquer la belle clientèle des entreprises européennes, relève du combat d’arrière-garde. Et l’on voit mal sur quels fondements la Banque centrale européenne pourrait s’opposer, de Francfort, aux visées d’UniCredit, elle qui plaide depuis des années pour de tels mouvements.
En banquier d’affaires aguerri, Andrea Orcel sait qu’il joue sur du velours. La coalition au pouvoir à Berlin n’a plus qu’un an à vivre et ploie sous les récents succès électoraux de l’extrême droite, d’où l’accès de patriotisme économique qui s’est emparé d’Olaf Scholz. La direction de Commerzbank se présente tout aussi affaiblie, son directeur général Manfred Knof ayant déjà annoncé son départ au terme de son mandat. La Deutsche Qualität serait-elle en danger ? Sur tous les critères de performance économique et financière, la deuxième banque commerciale allemande fait pire que son rival italien. Quant à la Bourse, elle voit l’initiative d’un bon œil.
Aussi compréhensible soit-elle pour des raisons de politique intérieure, la posture de Berlin paraît donc bien fragile. Il existe pourtant des voies de sortie par le haut. L’une d’elles pourrait consister à apporter HVB (HypoVereinsbank), la filiale allemande d’UniCredit, à un Commerzbank qui passerait sous le contrôle de son concurrent, mais qui resterait coté à Francfort avec une gouvernance propre. Assez pour sauver les apparences, puisque c’est aussi de cela qu’il s’agit.
A lire aussi : L’assaut d’UniCredit sur Commerzbank nourrit l’espoir d’une consolidation bancaire en Europe
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