Andrea Orcel prend Mario Draghi au mot en s’attaquant à Commerzbank
Mario Draghi prônait dans son rapport sur la compétitivité de l’Europe remis en début de semaine la constitution de banques plus puissantes sur le continent. Son compatriote Andrea Orcel n’a pas tardé à le prendre au mot. Le patron d’UniCredit vient de rafler 9% de Commerzbank pour en devenir le deuxième actionnaire, et évoque désormais une prise de contrôle. La banque italienne a racheté la moitié de sa participation lors d’enchères menées par l’Etat fédéral, et a acquis l’autre sans éveiller l’attention du marché.
L’offensive est une demi-surprise. Le groupe avait déjà, à plusieurs reprises, envisagé un rapprochement avec celle qui se présente comme la banque du Mittelstand, mais s’était heurté à l’opposition politique des Allemands. En passant cette fois des intentions aux actes, il promet quelques maux de tête aux membres de la coalition brinquebalante qui gère les affaires à Berlin. D’autant qu’il reste encore aux pouvoirs publics, soucieux de solder leurs parts dans Commerzbank après son sauvetage lors de la crise financière, 12% du capital à céder.
Il est en effet plus difficile, en 2024, de prendre l’Italie et UniCredit de haut. Profitant du recentrage opéré par son prédécesseur Jean-Pierre Mustier, puis de la manne de la remontée des taux, Andrea Orcel a transformé sa banque en machine à cash. Ses profits ont été recyclés en dividendes et rachats d’actions pour en faire l’une des plus belles histoires boursières des trois dernières années. Le groupe dispose désormais d’un trésor de guerre évalué entre 6 et 7 milliards d’euros, et d’une monnaie d’échange appréciable : il vaut en Bourse plus d’une fois ses fonds propres, une rareté en Europe, contre 0,6 fois pour Commerzbank. Il sert déjà les entreprises et les ménages allemands grâce à sa filiale HypoVereinsbank, plus rentable que sa concurrente. Une présence locale qui, en cas de fusion avec le réseau de Commerzbank, lui offrirait les synergies si difficiles à trouver d’ordinaire dans les mariages bancaires transfrontières.
Andrea Orcel avait toutes les raisons de secouer le cocotier d’un secteur bancaire européen en mal de consolidation. Son caractère bien trempé ne gâte rien. Dans une autre vie, le Romain fut un banquier d’affaires de haut vol, conseillant le meilleur comme le pire – le rachat et le dépeçage d’ABN Amro, juste avant le début de la crise financière, avaient tourné à la catastrophe. L’époque a changé, pas l’ego, et de la Société Générale à Deutsche Bank en passant par le marché italien, l’initiative du bouillant dirigeant fera cogiter les états-majors de tous ses grands concurrents.
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