Athènes, nouvelle escale de l’odyssée des hedge funds

Alléchés par un nouveau dispositif fiscal favorable aux fonds d’investissement, Millenium va ouvrir un bureau à Athènes tandis que le gérant de hedge fund Chris Rokos s’y installe aux dépens de Londres. Un cruel rappel du fait que la concurrence fiscale entre Etats bat son plein.
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Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi  - 
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  • La Grèce séduit de grands fonds d’investissement grâce à un nouveau dispositif fiscal très attractif.
  • Le géant Millenium ouvre un bureau à Athènes et le milliardaire Chris Rokos quitte Londres pour s’y installer.
  • Les bonus des gestionnaires de fonds étrangers n’y seront taxés qu'à 5 % au lieu des 15 % du régime général.

Ulysse aurait mis dix ans à retrouver le chemin d’Ithaque. C’est aussi le temps qu’il aura fallu à la Grèce pour se replacer sur les radars des financiers. Millenium Management, l’un des plus gros fonds d’arbitrage au monde, va ouvrir un bureau à Athènes et y installer l’un de ses cadres dirigeants qui travaille aujourd’hui à Londres. Une autre figure de la City, le milliardaire Chris Rokos, fondateur du hedge fund éponyme, vient aussi d’annoncer qu’il allait quitter la capitale britannique pour vivre au pays de ses ancêtres.

Le soleil, la mer et le succès estival du blockbuster L’Odyssée n’expliquent pas à eux seuls ce soudain intérêt pour la patrie d’Homère. En juin, le gouvernement Mitsotakis a introduit un nouveau régime fiscal destiné à aimanter les gestionnaires étrangers de fonds alternatifs et de capital investissement. Leurs bonus et leur quote-part des plus-values réalisées (carried interest) ne seront taxés qu’à 5%, au lieu de 15% dans le régime général. Ce cadeau s’ajoute au dispositif déjà en vigueur qui permet aux particuliers transférant leur résidence fiscale en Grèce de s’acquitter d’un forfait de 100.000 euros sur les revenus dégagés à l’étranger. Mieux encore, leur patrimoine situé hors du pays est exonéré de droits de succession. Un système équivalent a fait ces dernières années les beaux jours de Milan, devenue un pôle d’attraction.

Athènes a assorti son nouveau régime d’une condition : les employeurs des impatriés devront investir sur place au moins 3 millions d’euros par an. Une manière d’attirer de la substance économique et pas seulement des chasseurs de primes. De là à imaginer que le berceau de la démocratie devienne une place financière de premier plan, il y a un gouffre que l’on s’abstiendra de franchir. Mais le symbole est fort, une décennie après que la Grèce a dû faire défaut sur sa dette et instaurer un contrôle des capitaux.

Ces annonces rappellent aussi qu’en ces temps de disette budgétaire, un Etat ne peut pas simplement augmenter les impôts, même s’il est animé des intentions les plus louables, sans se préoccuper de sa compétitivité. En supprimant l’an dernier le statut avantageux des « non-dom » qui profitait aux plus fortunés, le Royaume-Uni pensait gagner en équité et en recettes fiscales. Depuis, il a dû déplorer le départ vers d’autres latitudes de gros contribuables britanniques. Chris Rokos n’est que le dernier en date.

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