La Banque d’Angleterre intervient en urgence pour contrer la flambée obligataire

le 28/09/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 14H

La Banque d’Angleterre intervient en urgence pour contrer la flambée obligataire
(Photo DR)

La Banque d'Angleterre a annoncé qu'elle procéderait à compter de mercredi à des achats d'obligations du Trésor britannique à long terme sur les marchés, afin de faire baisser les rendements et d'éviter un resserrement des conditions de crédit pour les ménages et les entreprises. Elle procédera à «des achats temporaires et ciblés».

L'annonce a provoqué une détente sur les marchés obligataires. Les taux des emprunts d’Etat britanniques à 10 ans sont immédiatement détendus de 50 points de base, après avoir grimpé de 4,50% à 4,60% le matin, mais ils limitaient leurs gains à la mi-journée, à 4,25%. Ils restent supérieurs de 115 points à leur niveau de mi-septembre. Les obligations à 30 ans ont enregistré en quelques heures des gains spectaculaires: après avoir un moment dépassé les 5%, elles traitaient à 3,9% en fin d'après-midi. La Banque d'Angleterre serait intervenue en priorité sur cette maturité pour soulager les fonds de pension britanniques, gros détenteurs de titres longs, qui faisaient face à d'énormes appels de marge sur leurs couvertures de taux en raison de l'envolée des rendements.

Dans un communiqué séparé, la Banque d'Angleterre a précisé qu'elle rachètera jusqu'à 5 milliards de livres par jour, en visant des emprunts d'une maturité résiduelle supérieure à 20 ans. Elle mènera des enchères chaque jour ouvré de la semaine, entre le 28 septembre et le 14 octobre. 

La livre toujours à la peine

Les marchés financiers britanniques restaient sous pression mercredi après les critiques du Fonds monétaire international (FMI), et également de l’agence de notation Moody’s, concernant la nouvelle stratégie budgétaire du gouvernement de Liz Truss. Ce mini-budget, dévoilé le 23 septembre, a fait chuter la livre sterling de 5% et bondir le coût de la dette publique. Au point d’imposer à la Banque d’Angleterre (BoE), qui avait pourtant annoncé la semaine dernière qu'elle débuterait le 3 octobre la cession de son portefeuille de Gilts, de faire demi-tour.

L’objectif du Comité de politique monétaire (MPC) d’une réduction des stocks d'emprunts d'Etat de 80 milliards de livres sterling «n’est pas affecté et inchangé», estime la BoE, qui a de facto reporté le début de ses cessions de Gilts au 31 octobre.

Cette opération «sauvetage» n’a pas suffi à soutenir la livre sterling, qui a oscillé entre 1,073 et 1,063 dollar le matin - 1,066 vers 13h -, mais a rassuré un peu les marchés actions : après avoir perdu plus de 2%, le FTSE 250, qui est plus dépendant de la demande intérieure, s’est repris pour ne perdre plus que 0,6% vers 13h. 

Le rappel à l'ordre du FMI

Les appels au ministre des Finances, Kwasi Kwarteng, pour qu’il modifie le Growth Plan – composé d’allègements fiscaux massifs non financés qui risquent de creuser le déficit budgétaire et d’attiser l’inflation - se sont multipliés ces derniers jours. «Etant donné les pressions inflationnistes élevées dans de nombreux pays, y compris le Royaume-Uni, nous ne recommandons pas des paquets budgétaires importants et non ciblés à ce stade car il est important que la politique budgétaire n’oeuvre pas à contre-courant de la politique monétaire», a déclaré un porte-parole du FMI mardi soir. Des propos que Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank, voit comme une «réprimande (...) assez cinglante».

L’intervention du FMI est d’autant plus remarquée que Londres avait dû faire appel à l’aide du Fonds en 1976, en pleine crise de la balance des paiements, ce qui reste comme un épisode humiliant de l’histoire économique du pays. De son côté, Moody's a estimé dans un communiqué que les mesures de baisses des impôts et taxes envisagées par Londres risquaient d’avoir un effet défavorable sur le crédit du Royaume-Uni. «Un choc de confiance marqué, lié aux inquiétudes des marchés quant à la crédibilité de la stratégie budgétaire du gouvernement, qui se sont traduites par une hausse structurelle des coûts de financement, pourrait affaiblir durablement la soutenabilité de la dette du Royaume-Uni», prévient l’agence de notation.

Avant les déclarations du FMI, l’économiste en chef de la BoE avait expliqué que celle-ci devrait annoncer une hausse de taux «significative» à l’issue de sa prochaine réunion de politique monétaire, le 3 novembre, mais apas avant. Une source au ministère des Finances a dû démentir mercredi une information de Sky News selon laquelle Kwasi Kwarteng s’apprêtait également, à l’occasion d’une rencontre avec des banquiers, à leur demander de ne pas parier contre la livre.

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