Le mariage entre égaux, recette infaillible du désastre
Pourquoi le mariage entre égaux séduit-il toujours ? Les exemples d’échecs abondent tellement, depuis des décennies, que les fréquentes annonces de ce genre d’union, dans la banque américaine ou le transport européen, posent la question avec d’autant plus d’acuité.
Ce n’est pas les dirigeants d’Essilor et Luxottica qui apporteront la preuve du contraire.
Les raisons de l’échec tiennent toujours à des déséquilibres intrinsèques volontairement tus dans l’acte de mariage, qui rendent la notion même d’ « égalité » illusoire, voire mensongère.
Dans le cas de la fusion entre le lunettier et le fabricant de verres, la gouvernance se veut équilibrée, mais fait mine d’oublier que Leonardo Del Vecchio est le seul actionnaire dominant avec 31,4% du capital.
Quand on est à ce point « plus égaux » que les autres, difficile de n’être pas tenté d’en profiter.
Dans beaucoup de cas, comme dans celui de Lafarge et Holcim ou de la non-regrettée fusion Alstom-Siemens, c’est un conflit de cultures d’entreprises qui était inscrite en filigrane dans l’accord.
Là encore, nulle égalité : concurrents de toujours, le mariage ne pouvait dans les deux cas signifier, au moment de générer des synergies – c’est-à-dire des suppressions d’emplois –, qu’un sentiment d’injustice chez les victimes. Dans la distribution des postes-clés, le ressentiment des perdants n’est pas moins vif.
Quant au cas de groupes complémentaires, le clash des cultures n’est tout aussi violent. Luxottica et Essilor constatent ainsi que le monde des verres et celui des lunettes, bien moins semblables qu’ils le croyaient, ont généré des patriotismes d’entreprises irréconciliables.
D’où un antagonisme qui trouve sa conclusion naturelle et classique dans l’incapacité à s’entendre sur un numéro un.
Quand on retire les incitations financières poussant les patrons aux fusions entre égaux et l’habileté intéressée de leurs conseils, que reste-t-il ? Dans 99,9% des cas, une simple absorption d’un conjoint par l’autre.
Avis aux politiques qui font de la création de champions européens leur credo.
La difficulté de faire voler Airbus ou Air France-KLM devrait leur rappeler que la réussite des mariages équilibrés, surtout transnationaux, demeurent l’exception, et l’échec la règle que les opinions publiques ne pardonnent pas.
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