Wirecard fait l’effet d’une bombe
Un trou de 1,9 milliard d’euros dans les comptes a provoqué une catastrophe ce jeudi à la Bourse de Francfort. Wirecard, l’un des membres du DAX 30, l’équivalent allemand du CAC 40, s’est effondré de 61,82%. En quelques heures, la capitalisation du groupe de paiements a fondu de 7,8 milliards d’euros. Sur le marché de la dette, les dégâts sont aussi massifs, avec les obligations 2024 qui ont par exemple perdu 40 cents dans la journée, tombant à 37 cents.
A l’origine de cette déflagration, l’annonce par Wirecard du refus de son auditeur EY de signer ses comptes 2019, faute de n’avoir pu confirmer la présence de 1,9 milliard d’euros dans la trésorerie, soit environ un quart de la trésorerie annuelle du groupe. Le groupe dit travailler avec EY pour déterminer l’origine de l’erreur mais le mal est fait. Wirecard, qui était déjà en retard de plusieurs mois, n’a pas pu publier ses comptes ce jeudi comme prévu. Conséquence : il pourrait avoir à rembourser 2 milliards d’euros de prêts par anticipation dès aujourd’hui vendredi si ses créanciers le lui demandent.
Pour tenter de se défendre, Markus Braun, le directeur général de Wirecard, a annoncé que le groupe déposerait plainte contre X ne sachant pas «si des transactions frauduleuses au détriment de Wirecard ont eu lieu». Le groupe allemand a également annoncé la nomination de James Freis au conseil d’administration pour s’occuper des sujets de conformité, en remplacement immédiat de Jan Marsalek.
Le directeur général dans le viseur
Depuis l’enquête du Financial Times qui avait évoqué début 2019 des soupçons de manipulation comptable, la position du directeur général était fragile. Des fonds, notamment TCI, réclamaient régulièrement son départ. En avril, un audit de KPMG commandé par le groupe pour tenter de faire taire les suspicions avaient révélé les manquements de Wirecard. Et l’ouverture récente d’une enquête menée par la Bafin, l’autorité allemande des marchés financiers, couronnée par une descente au siège du groupe à Munich, avait fini de fragiliser la direction. Avec l’annonce d’hier, la position de Markus Braun devient intenable. Il détient environ 7% du capital de Wirecard.
Ingo Speich, responsable de la gouvernance d’entreprise chez Deka Investment, l’un des dix premiers actionnaires de Wirecard, s’est dit «stupéfait» et a clairement appelé un changement de direction : «Un nouveau départ est maintenant plus urgent que jamais. Nous espérons que la perte de confiance du marché n’aura pas d’impact sur ses opérations commerciales». Car le risque est que les clients de Wirecard s'éloignent du groupe, dans un secteur où la confiance entre opérateurs est fondamentale.
Revanche des vendeurs à découvert
Pour les sociétés de gestion qui n’avaient pas pris leurs distances avec le groupe allemand malgré les nombreuses alertes sur la gouvernance ces derniers mois, le coût est lourd, financier et en termes d’image. DWS a publié un communiqué hier expliquant qu’il avait «au cours des derniers mois constamment réduit sa position au capital de Wirecard». Au 17 juin 2020, celle-ci avait diminué de 60% environ, assure le gérant allemand. DWS qui «ne détient plus aucune position importante dans les fonds gérés activement» n’exclut pas de saisir la justice. Alken AM était également un important actionnaire de Wirecard. Fin mai, la ligne pesait 9,1% du fonds Continental Europe. Devon Equity Management, une société de gestion britannique réputée pour son stock-picking, était également actionnaire de Wirecard.
En revanche, les vendeurs à découvert qui misaient depuis des mois sur une chute du groupe allemand se frottent les mains, même si ces dernières semaines il était devenu difficile et couteux d’emprunter des actions Wirecard sur le marché, compte tenu de la popularité de cette stratégie. Selon le chiffre de FIS Astec Analytics cité par Reuters, le taux d’emprunt s’élevait à 17,5% en début de semaine. Environ 16% du capital de Wirecard faisait l’objet de prêts, potentiellement pour être vendu à découvert.
En 2019, au moment où les interrogations montaient sur l’exactitude des comptes de Wirecard, la Bafin, l’autorité allemande des marchés financiers, avait temporairement interdit les ventes à découvert sur le titre.
«Aujourd’hui est une reconnaissance partielle pour moi et pour d’autres critiques» de Wirecard, a réagi Fraser Perring, l’un des analystes du vendeur à découvert Zatarra Research qui avait été le premier à alerter sur la situation de Wirecard dès 2016, ce qui lui avait valu d’être poursuivi par la justice allemande.
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