L’assurance vie à la française va boire la tasse cette année

le 23/09/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les rendements des fonds en euros devraient nettement reculer pour la deuxième année consécutive. Les assureurs misent sur les unités de compte dans un marché en décollecte et touché par l'affaire H2O.

baisse des rendements des fonds en euros
Le taux moyen servi par les fonds en euros devrait encore baisser en 2020 pour se situer entre 1% et 1,10%.
(Crédit Fotolia.)

L'année 2020 s'annonce décevante pour les épargnants détenteurs de fonds en euros, le produit phare de l’assurance vie tricolore. «Evidemment la baisse (des taux, ndlr) va continuer» à l’échelle du marché, prédit Renaud Dumora, directeur général de BNP Paribas Cardif, reçu hier par l’Association nationale des journalistes de l’assurance. Au titre de 2020, le recul de la rémunération de ces produits atteindra «plusieurs dizaines de points de base (pb)» en moyenne, prédit le dirigeant.

Il y a un an, Generali France avait fait trembler la profession en annonçant la fin du modèle de l’assurance vie en euros, pénalisée par les taux bas, voire négatifs, des obligations souveraines. Ces contrats au capital garanti ont finalement servi aux particuliers un rendement moyen de 1,33% au titre de 2019, contre 1,66% un an plus tôt, selon le site spécialisé Good Value for Money. «Pour 2020, nous faisons l’hypothèse d’un taux moyen compris entre 1% et 1,10%», déclare Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site et du cabinet de conseil Facts & Figures. Soit une érosion de 23 à 33 pb après -33 pb pour 2019, des replis inédits depuis 2015. En début d'année, plusieurs assureurs étaient même descendus jusqu'au seuil psychologique de 1%, voire en dessous pour certains fonds en euros, à l’instar de la Société Générale (malgré un taux moyen de 1,35% pour l’ensemble de ses produits).

Aller chercher
du rendement

De son côté, BNP Paribas Cardif avait annoncé un taux moyen de 1,41% au titre de 2019, et de 1,37% pour son principal produit grand public. Renaud Dumora ne livre pas de pronostic pour cette année, mais souligne qu’il «fait partie des assureurs qui croient au fonds général», qui a «toute sa place dans l’offre aux assurés». «La performance reste très intéressante par rapport au marché», ajoute-t-il.

Malgré le contexte de taux durablement bas, ces supports disposent en effet de relais de performance. «L’an dernier, Predica (filiale du Crédit Agricole et premier assureur vie français, ndlr) a acheté 17,3 milliards d’euros d’obligations avec un rendement moyen de 1,09% et une notation BBB pour 43% du montant, donc clairement des obligations d’entreprises. Chez Suravenir (filiale du Crédit Mutuel Arkéa, le rendement moyen des obligations acquises l’an dernier atteint même 1,65%, souligne Cyrille Chartier Kastler. Si la profession a raison d’alerter sur le rendement négatif de l’OAT (emprunt de l'Etat français, ndlr) à 10 ans, force est de constater qu’elle n’en achète quasiment plus et qu’elle sait aller chercher du rendement ailleurs.»

Bond des UC
à relativiser

Le secteur essaie aussi de promouvoir les alternatives au fonds en euro. Avec des politiques commerciales plus ou moins strictes. Chez BNP Paribas Cardif, il n’y a «pas de restrictions» à l’accès au fonds général jusqu’à 100.000 euros, assure son dirigeant. Comme ses concurrentes, la compagnie mise sur les unités de compte (UC), produits non garantis investis dans des actifs plus risqués. La filiale de BNP Paribas affiche un taux d’UC de 36% sur sa collecte en France. Un niveau similaire à la moyenne de marché de 35% observée sur les sept premiers mois de l’année par la Fédération française de l’assurance (FFA). «Le taux de pénétration augmente mais cela fait trois ans que les assureurs collectent entre 3,5 et 4 milliards d’euros chaque mois sur les UC», assure Cyrille Chartier-Kastler. Les versements sur ces supports ont en effet atteint 22,5 milliards d’euros à fin juillet, contre 20,5 milliards un an plus tôt, quand le taux d’UC atteignait seulement 24%, selon la FFA.

En parallèle, le total des versements en assurance vie a reculé de 22,7 milliards, à 64,7 milliards, en raison du coup de frein sur la vente des fonds en euros… et du confinement. Depuis mars, la collecte nette des prestations servies est négative chaque mois, et atteint -5,2 milliards en cumulé depuis janvier. L'ampleur du mouvement reste pour le moment limitée par rapport au stock d'assurance vie, qui atteint 1.766 milliards d'euros au 31 juillet.

L’épine H2O

Reste à savoir si l'appétit pour les UC va permettre de compenser le désamour pour les fonds en euros. De nombreux supports ont été malmenés par la volatilité des marchés financiers, dans le sillage du krach boursier du mois de mars. Certains se révèlent aussi victimes des investissements illiquides de H2O, filiale de Natixis chouchoute des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) et des assureurs vie. Plusieurs de ses fonds ont été gelés fin août. «H2O est un sujet de Place», reconnaît Renaud Dumora. Pour «préserver l’intérêt des assurés», il espère à terme récupérer des «produits» de la poche cantonnée des fonds H2O. Ces produits étaient distribués par ses partenaires CGP, les banques privées de BNP Paribas et AEP, la marque haut de gamme de BNP Paribas Cardif. Cette dernière n’a «pas encore décidé» si elle allait continuer à travailler avec la filiale de Natixis.

La compagnie reste par ailleurs dans l’expectative sur les contrats eurocroissance nouvelle génération, issus des dispositifs d'épargne mis en place par la loi Pacte. Au-delà de ce produit, encore peu répandu, certains assureurs tentent des variations autour du fonds en euros classique, en abaissant par exemple la garantie du capital. Allianz France a présenté lundi un nouveau format, avec un rendement (participation aux bénéfices) réinvesti en UC et bloqué pendant cinq ans. 

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