Amundi peine à décoller dans le non-coté
Pour fêter ses trois ans, Amundi actifs réels & alternatifs organisait hier soir sa première grand-messe, réunissant les dirigeants de ses participations et ses clients. L’exercice pourrait devenir régulier pour la plate-forme qui regroupe les expertises peu liquides d’Amundi, sur le modèle des conférences annuelles des grandes boutiques de private equity.
«Notre marque a émergé comme un acteur de poids face aux boutiques ultraspécialisées, déclare à L’Agefi Pedro Antonio Arias, directeur d’Amundi actifs réels & alternatifs. Même si nous n’avons pas le même degré de sophistication, nous bénéficions de la force de frappe du nom Amundi et de ses réseaux partenaires», essentiellement les entités du groupe Crédit Agricole, actionnaire majoritaire du numéro un européen de la gestion d’actifs.
Las, cela n’a pas suffi pour faire grimper les encours. Derrière le leader indépendant Ardian, la plate-forme gérait 47 milliards d’euros d’actifs à fin juin, soit 3% des actifs du géant obligataire Amundi. Elle reste très loin des 70 milliards visés en 2020. «Après déjà une année record en 2018, nous devrions afficher une belle accélération cette année grâce au lancement de nouveaux fonds club deals», temporise Pedro Antonio Arias. L’an dernier, ses équipes ont reçu 3,5 milliards d’euros d’engagements.
Lors de sa création, en 2016, Amundi actifs réels & alternatifs voulait doubler ses encours en quatre ans. Un premier pas a été franchi avec l’absorption de Crédit Agricole Immobilier fin 2016, mais le pôle immobilier est le seul à avoir décollé, en passant de 20 à 33 milliards d’euros. Les autres expertises ont au mieux stagné, au pire régressé. La dette privée s’est élargie à la dette immobilière mais reste à près de 6 milliards d’encours, du fait notamment de tombées de fonds d’une durée de cinq ans lancés en 2013. Amundi espère élargir son champ d’origination grâce à un premier partenariat avec les caisses régionales du Crédit Agricole en Auvergne-Rhône-Alpes pour le financement des PME et ETI , et projette de faire de même dans la dette LBO avec LCL.
Fermeture des managed accounts
Quant au pôle infrastructures, voué à un bel avenir face à l’appétit des investisseurs institutionnels, il peine à décoller. «Notre JV avec EDF a déployé environ 30% de ses 500 millions d’euros, dans un contexte de tassement des taux de rendement dans les énergies renouvelables et de forte concurrence entre les investisseurs, mais aussi d’attentisme dans les réseaux de chaleur lié aux élections municipales l’an prochain», explique Pedro Antonio Arias. Cette coentreprise, créée en 2015, voulait initialement collecter 1,5 milliard d’euros. Elle ne fait pas le poids aujourd’hui face à Predica, l’assureur vie du groupe Crédit Agricole allié à Engie dans l’éolien et le solaire.
En gestion alternative, les managed accounts (comptes ségrégués pour les fonds alternatifs) ont été liquidés fin 2018. «Nous avons rendu 8 milliards d’euros à nos clients», indique le patron d’Amundi actifs réels & alternatifs. «C’est l’illustration de la bascule en Europe des hedge funds vers le private equity», estime Eric Wohleber, le directeur du développement. Ainsi, le pôle de multigestion de la plate-forme a crû ces dernières années, l’activité de fonds de fonds non-cotés passant de 5 milliards à 6,7 milliards d’euros depuis 2016. «Amundi Private Equity Funds va lancer ces prochains jours un deuxième fonds Amundi Mégatendances pour lequel nous voulons lever plus de 500 millions d’euros, contre 320 millions pour le premier», annonce Eric Wohleber.
Pour autant, Amundi actifs réels & alternatifs reste un petit acteur du capital-investissement en direct, avec des encours quasi étales en capital-développement, à 834 millions. Dans le capital-risque, le groupe a noué un partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique pour créer la société de gestion Supernova Invest, spécialiste de la deep tech. En revanche, la croissance externe ne semble pas prioritaire. «Le développement d’Amundi repose avant tout sur la croissance organique même si de façon opportuniste le groupe peut effectuer des acquisitions pour se renforcer en expertises, en canaux de distribution ou en terme géographique», rappelle Pedro Antonio Arias. Il y a deux ans, le groupe faisait partie des candidats au rachat d’Idinvest, un spécialiste du capital-risque et de la dette privée raflé par Eurazeo.
Plus d'articles du même thème
-
Abenex recrute David Giroflier pour sa stratégie mid cap
Le fonds français renforce son équipe avec un ex-Cinven, qui contribuera au pilotage d'un fonds de 600 millions d’euros qui mise sur la croissance des PME. -
Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
Après l’intégration de certaines activités de Natixis IM et Ostrum, Vega IS a changé de dimension avec 83 milliards d'euros d'encours. Son directeur général dévoile les ambitions du nouvel ensemble, entre opportunités au Portugal et arrivée prochaine sur le marché des ETF. -
Le marché des prêts à effet de levier roule à plein régime
Portés par une liquidité abondante et un manque de nouvelles émissions, les investisseurs acceptent des marges toujours plus faibles pour financer des entreprises soutenues par les grands fonds de private equity. Un environnement qui permet aux emprunteurs de réduire leur coût de la dette, d'allonger leurs maturités et parfois même de distribuer du cash à leurs actionnaires. -
Singapour veut créer un BlackRock asiatique
La dernière initiative en date de Singapour pour renforcer sa position de place financière mondiale vise à créer une version asiatique de BlackRock, écrit le Financial Times. L’objectif est que l’investisseur public Temasek transforme son gestionnaire d’actifs Seviora, resté discret depuis sa création il y a six ans. -
La CCR et le FRR s'intéressent à l’érosion côtière et la biodiversité marine
La Caisse centrale de réassurance (CCR) et le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) ont participé à l’augmentation de capital de Seacure, une société marseillaise à l’origine du géocorail qui permet de préserver la biodiversité des milieux marins. -
Capital Group s'apprête à lancer ses ETF actifs en Europe
Le gérant américain aux 3.400 milliards de dollars d'encours, entend accélérer son développement sur le Vieux Continent.
ETF à la Une
Exposition au MSCI World au coût le plus bas du marché
- Derrière l’affaire Uzès Gestion, la délicate question de la direction de fait
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- L'allègement du reporting ESG divise à Bruxelles
- RockFi s'appuie sur BlackRock pour démocratiser la personnalisation du conseil
- WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
Contenu de nos partenaires
-
Trois choses à savoir sur la proposition de « loi intégrale » contre les violences sexuelles
Face au choc provoqué dans l'opinion par l'affaire Lyhanna, un texte législatif transpartisan déposé fin 2025 est revenu au centre du débat politique -
Affaire Lyhanna : le patron de la gendarmerie reconnaît « un échec » pour l’institution
Le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Hubert Bonneau, a reconnu, mardi 9 juin, « un échec » après la mort de Lyhanna, dont le principal suspect avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour des violences sexuelles sur mineures -
Tribune libreData centers orbitaux : la prochaine dépendance européenne ?
Le continent a un besoin stratégique : garantir que certaines capacités numériques restent accessibles, sécurisées et souveraines dans un monde fragmenté et conflictuel