L’Europe reste mal préparée au risque financier systémique
L’Europe est-elle mieux préparée qu’il y a dix ans à une crise financière systémique ? Toutes les réformes réglementaires menées depuis la faillite de Lehman Brothers ont tendu vers cet objectif. Mais deux décisions, cette semaine, montrent à quel point le dispositif anti-crise européen souffre de défauts dans la cuirasse.
Mercredi, la Banque centrale européenne a ainsi pris acte de sa défaite en matière de supervision des chambres de compensation. Dans un courrier adressé au Parlement et au Conseil européen, Mario Draghi, le président de la BCE, critique vertement le compromis politique trouvé mi-mars sur cette épineuse question. La banque centrale réclamait un pouvoir direct sur les chambres de compensation qui traitent des produits en euros, en particulier celles qui sont situées sur le territoire de l’Union européenne. Le raisonnement de la BCE est simple : les réformes des dix dernières années ont conféré à ces acteurs un rôle central pour la compensation des produits dérivés, et du même coup une importance systémique. En cas de crise majeure, la survie d’une chambre dépendrait de son accès à la liquidité en euro, et donc du bon vouloir de la BCE, qui réclame en échange un pouvoir similaire à celui qu’elle a sur les grandes banques de la zone euro. Mais l’institution n’a pu faire prévaloir ses vues.
S’agissant des banques, c’est la justice européenne qui a ouvert mardi une brèche dans la doctrine du « bail-in ». Ce principe, qui vise à faire renflouer une banque en difficulté par ses créanciers, et non plus par le contribuable, constitue l’une des pierres angulaires de l’Union bancaire. Le Tribunal de l’Union ouvre désormais la voie à un contournement des nouvelles règles, car il a jugé que le sauvetage d’une banque par le fonds national de garantie des dépôts ne relevait pas d’une aide d’Etat. Le bail-in bancaire doit encore faire ses preuves, et ce n’est pas l’Allemagne qui va l’y aider : le projet de mariage entre Deutsche Bank et Commerzbank, poussé par Berlin, ressemble beaucoup à un sauvetage public déguisé qui place le contribuable en première ligne.
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