Les auditeurs de l’ISR voient la vie en vert
Le label ISR se mérite. Chez Deloitte, neuf certificateurs ont pour mission de passer au crible les fonds mobiliers ou immobiliers que les sociétés de gestion souhaitent labelliser ISR (investissement socialement responsable). « Pour constituer cette équipe en 2020, lorsque nous avons décidé de nous positionner sur ce marché suite à la publication de la seconde version du référentiel ISR, nous avons commencé par puiser dans l’équipe spécialisée dans le service aux asset managers, en privilégiant des profils master 2 de grandes écoles ou d’université spécialisés en finance ayant en moyenne quatre ou cinq ans d’expérience, et qui connaissaient parfaitement les métiers et les process des sociétés de gestion. Mais nous avons aussi, au sein de ce noyau initial, des consultants spécialisés en contrôle interne ou en conformité », confie Yoan Chazal, associé investment management services chez Deloitte.
Double casquette
Progressivement, cette équipe a accueilli des consultants plus orientés autour de la finance responsable. « Nos dernières recrues affichent sur leur CV des masters 2 dédiés à cette thématique, tout en ayant la particularité de bien connaître, eux aussi, l’univers de la gestion d’actifs », confirme Yoan Chazal, qui dispose aujourd’hui d’un pool de neuf certificateurs à temps plein et tous formés au référentiel du label ISR comme l’impose le Comité français d’accréditation (Cofrac). On retrouve cette double compétence mélangeant analyse financière et extra-financière en ISR (valeurs mobilières ou immobilières) chez les dix auditeurs d’Afnor Certification qui délivre le label ISR depuis sa création en 2016. « Tous ont la particularité d’avoir entre dix et quinze ans d’expérience en société de gestion ou en bureau d’études immobilier car le référentiel du label nécessite un niveau d’expertise important, note Mélodie Merenda, responsable projet ISR, RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et économie circulaire au sein du groupe Afnor. Nos auditeurs ont aussi la particularité de ne pas être salariés. Ils interviennent en tant que prestataire de services indépendants. »
Cette double casquette, Tennessee Petitjean, 28 ans, la possédait lorsqu’il a été recruté en septembre 2021 comme consultant ESG chez Deloitte. « Pendant le stage d’un an que j’ai effectué à l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) en tant que chargé d’études sur des problématiques de régulation financière sur les produits dérivés, j’ai été amené à interagir régulièrement avec des sociétés de gestion, raconte ce jeune consultant diplômé de l’université libre de Bruxelles et de la London School of Economics. Je connaissais par ailleurs l’univers de l’immobilier pour avoir travaillé sur la rénovation énergétique des bâtiments pendant un autre stage à l’Institut Montaigne. » Après une première mission consacrée à la stratégie ESG d’une série de fonds d’investissement spécialisés en finance durable, Tennessee Petitjean est contacté par la directrice de la certification label ISR de Deloitte. « Elle m’a expliqué que ma double expertise l’intéressait et demandé si j’accepterais de conduire des missions de certification ISR sur des fonds immobiliers, un champ que le cabinet souhaitait développer. J’ai accepté et après avoir suivi une formation théorique au référentiel du label, j’ai effectué ma première mission en novembre dernier. »
Recrutements en vue
Pour soutenir la croissance de l’activité de certification ISR, Deloitte s’apprête à embaucher dans les prochains mois trois consultants supplémentaires. « Nous sommes également amenés à recruter en permanence pour compenser les départs, nos experts étant régulièrement chassés », reconnaît Yoan Chazal. Afnor Certification devrait de son côté avoir besoin de qualifier trois nouveaux auditeurs seniors sur le volet immobilier. Pour attirer des experts possédant la double expertise attendue, Deloitte mobilise tous les canaux de recrutement car la concurrence est rude. « Comme ces profils sont très sollicités, il faut réagir très vite, assure Yoan Chazal. Le dernier consultant qui nous a rejoints avait quatre propositions sur la table. Ce qui fait souvent la différence en notre faveur, c’est la perspective de rejoindre un Big Four mais aussi l’alignement du cabinet sur leurs propres valeurs : la rigueur, l’exigence et la bienveillance. » Pour attirer ses auditeurs, Afnor Certification mise, lui aussi, sur sa marque. « Nos experts ayant pour la plupart en parallèle des activités de conseil en indépendant, travailler pour l’Afnor est un gage de qualité sur leur CV, souligne Mélodie Merenda. Nous mettons également en avant le fait d’avoir été les premiers à être habilités à délivrer le label ISR, et notre position de leader sur le segment immobilier. »
Pour séduire les candidats, Deloitte mise aussi sur les perspectives d’évolution que le cabinet propose à ses consultants. « Nos experts en certification ISR ont la possibilité de rester dans l’écosystème au sein des équipes d’investment management ou du développement durable, explique Yoan Chazal. Ils peuvent aussi faire jouer les passerelles qui existent avec les autres métiers du cabinet. Il arrive également que certains partent à la concurrence ou rejoignent les départements ESG de sociétés de gestion. » Pour Tennessee Petitjean, la prochaine mobilité est déjà programmée. En janvier 2023, il intégrera le département développement durable. « Sur ce nouveau poste, je serai amené à travailler principalement sur des sujets de stratégie ESG, avec une posture de conseil et d’accompagnement différente de celle de l’audit. » Le jeune consultant entend toutefois continuer les missions de certification ISR. « En challengeant les sociétés de gestion sur leur stratégie et leur méthodologie ISR, j’ai l’impression d’avoir un impact concret et positif sur un secteur d’activités en train d’adopter progressivement de bonnes pratiques en la matière », conclut-il.
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