L’analyse de... Michala Marcussen, chef économiste Groupe Société Générale
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Michala Marcussen
Michala Marcussen, chef économiste Groupe Société Générale
La semaine dernière, l’accord présenté par la Première ministre britannique sur le Brexit a été rejeté par une large majorité au Parlement britannique. La stratégie de Theresa May, visant à gagner du temps pour obtenir un accord de dernière minute, a de nouveau échoué, avec des coûts potentiellement élevés pour l’économie britannique et le reste de l’Europe.
Rien d’étonnant à ce que la Banque centrale européenne (BCE) cite l’incertitude liée au Brexit comme l’une des raisons qui ont motivé sa révision à la baisse des projections économiques. La BCE prévoit maintenant une croissance du PIB de la zone euro d’à peine 1,1 % en 2019, contre 1,7 % lors du même exercice en décembre 2018. L’incertitude liée au commerce mondial, des problèmes spécifiques dans certains États-membres et des perturbations temporaires de l’industrie automobile figuraient parmi les autres facteurs cités pour expliquer cette révision. À l’horizon 2020, la BCE estime que la réduction des incertitudes permettrait une ré-accélération de la croissance à 1,6 %. Les risques pesant sur ces perspectives restent nombreux. Consciente de cette réalité, la banque centrale a modifié sa politique en adoptant une position plus accommodante lors de la réunion de mars. Elle a annoncé que les taux directeurs resteraient à leur niveau actuel au moins jusqu’à la fin de 2019 et une nouvelle série de TLTRO entre 2019 et 2021.
Mario Draghi, le président de l’institution monétaire, a cependant averti une nouvelle fois que, pour que la zone euro puisse tirer pleinement parti des mesures de politique monétaire, d’autres domaines devaient contribuer de manière plus décisive à accroître le potentiel de croissance à long terme et à réduire les vulnérabilités.
Résolution confuse
A ce sujet, la lecture de l’évaluation annuelle des progrès réalisés par les États-membres en matière de priorités économiques et sociales, publiée par la Commission européenne il y a quelques semaines, laisse entrevoir peu d’espoir. Bien que les progrès varient d’un État-membre à l’autre, au total, seules 39 % des recommandations spécifiques aux pays ont été adoptées depuis juillet 2018, contre une moyenne de 59 % entre 2014 et 2018 et de 69 % pour la période de 2011 à 2018. Globalement, cela suggère que les États-membres réalisent la plupart des progrès uniquement quand ils sont « contraints » de se réformer. Une observation similaire peut être faite au niveau de la zone euro, où la crise a catalysé des progrès importants, notamment la mise en place du mécanisme européen de stabilité et de l’union bancaire en 2012. Depuis lors, les progrès ont été trop lents. De plus, le consensus ne s’attend pas à ce que le Conseil de printemps des 21 et 22 mars réalise certains des progrès structurels requis.
Pour revenir au Brexit, il est bon de rappeler que la résolution confuse de la crise de la dette européenne pourrait bien avoir contribué au vote sur le Brexit, à la fois directement et indirectement. Nous notons que l’immigration nette en provenance du reste de l’Union européenne vers le Royaume-Uni est montée en flèche à la suite de la crise de la dette. Elle est passée de 60.000 avant la crise à un peu plus de 180.000 en 2015, puis a diminué après le référendum de juin 2016, de nouveau légèrement en dessous de 60.000.
La question est de savoir ce qui sortira des urnes lors des élections européennes, du 23 au 26 mai. Les sondages d’opinion suggèrent que les partis eurosceptiques vont probablement réaliser des gains importants, en obtenant environ 30 % des voix selon certaines estimations, ce qui ne leur permettrait néanmoins pas d’obtenir une majorité au Parlement européen. Mais ce dernier pourrait alors se révéler plus fragmenté, rendant plus difficile la recherche d’un compromis.
La zone euro est susceptible de connaître un ralentissement économique au cours des cinq prochaines années et les outils politiques de la BCE semblent déjà épuisés : le temps sera rapidement compté pour la nouvelle Commission et le nouveau Parlement. Les dirigeants européens feraient bien de tirer des enseignements importants du Brexit, d’offrir aux citoyens européens une vision positive de l’avenir de l’intégration européenne et de procéder rapidement à sa mise en œuvre. La réalité, toutefois, est que les divisions politiques demeurent importantes, repoussant ces espoirs à plus tard et laissant les États-membres les plus fragiles vulnérables à un nouveau ralentissement.
Face à la consternation et à l’incrédulité suscitées par le processus du Brexit, les Européens feraient bien de se rappeler le besoin urgent de réformes chez eux, notamment dans le cadre de la réunion du Conseil de printemps.
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