Le régulateur britannique soupçonne des manipulations sur le marché des changes
Après le taux interbancaire à Londres (Libor), l’ISDAfix (indice de référence pour certains dérivés de taux d’intérêt) et plus récemment encore le Sibor (le taux interbancaire de Singapour en dollar), les taux de change WM/Reuters attirent l’attention de la régulation. Bloomberg a révélé l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des soupçons de manipulation de ces taux introduits en 1994. Ils servent de références standardisées aux fonds de pension et aux gérants pour déterminer la valeur de leurs avoirs en devises étrangères.
A la différence du mécanisme du Libor, les taux WM/Reuters ne reposent pas sur un sondage auprès d’un panel de banques. Ils s’appuient sur des transactions effectives capturées lors de fenêtres de 30 secondes à 2 minutes. Les opérateurs incriminés feraient passer des ordres avant et durant ces fenêtres afin de faire évoluer les taux publiés dans un sens favorable à leurs comptes. Une pratique connue sous l’appellation de «banging the close».
Ces taux sont publiés toutes les heures pour 160 devises et toutes les demi-heures pour 21 d’entre elles. State Street, dont la filiale World Markets participe à leur élaboration, se défend en soulignant que «le processus de captage de l’information et de calcul du fixing au comptant est automatisé et anonyme, et les taux sont vérifiés pour leur qualité et leur exactitude». State Street a mandaté Freshfields Bruckhaus Deringer afin de s’assurer que les taux respectent une série de principes pour l'élaboration des benchmarks financiers. Ce cadre figure dans une consultation lancée en avril par l’Organisation internationale des superviseurs de marché (Iosco).
Comme le remarquent les cabinets d’avocats, les transactions au comptant sur le marché des changes ne sont pas considérées comme des instruments financiers au même titre que les actions ou les obligations. Ils sortent ainsi du cadre de la directive européenne sur les marchés d’instruments financiers (Mifid) ou de la loi américaine Dodd-Frank. Cette spécificité pourrait compliquer d'éventuelles poursuites contre des traders. Cinq établissements dominent le marché des devises avec une part cumulée de plus de 50% : Deutsche Bank, Citigroup, Barclays et UBS.
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