L’aide au Portugal pourrait approcher celle apportée à l’Irlande
La démission du Premier ministre portugais, José Socrates, domine l’actualité du Sommet européen de Bruxelles. Alors que la situation politique au Portugal doit s’éclaircir dans la journée – le Président n’a pas encore accepté la démission de son gouvernement, qui garde les pleins pouvoirs –, une aide européenne au pays apparaît désormais inéluctable. De premières estimations circulaient hier sur les besoins du souverain d’ici à 2013 : autour de 70 à 80 milliards d’euros, presque autant que les 85 milliards accordés à l’Irlande.
Sur les marchés, le pays est déjà entré dans une autre dimension. Ses rendements se sont encore tendus sur tous les points de la courbe, avec une mention spéciale pour la maturité 3 ans: +14 points de base à 7,63%. «Le marché a déjà largement anticipé l’éventualité d’un recours prochain à l’aide de la Facilité européenne de stabilité financière (EFSF)», relève Paolo Pizzoli, économiste chez ING. Les dégradations assénées hier par Fitch et S&P apparaissent anecdotiques dans ce contexte.
Des sources européennes chiffraient hier le montant d’une aide éventuelle entre 50 et 70 milliards d’euros. Pour couvrir les besoins de financement du pays jusqu’en juillet 2013, «nous estimons le total des prêts nécessaires à environ 80 milliards d’euros, soit 47% du PIB», indique RBS.
Le secteur bancaire portugais, sans s’être livré aux mêmes excès que les prêteurs irlandais, a lui aussi des problèmes. Les banques locales ne peuvent plus guère se financer sur les marchés. Elles doivent rembourser 36 milliards de dette entre 2011 et 2013. La BCE n’étant plus disposée à porter à bout de bras les banques périphériques, une partie de cette charge pourrait retomber sur le Portugal. Dernière inconnue, les besoins en recapitalisation du secteur à l’issue des tests de résistance menés en Europe.
«Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le coût total d’un sauvetage», relève donc RBS, compte tenu des passifs que l’Etat portugais pourrait avoir à assumer, mais aussi des marges de manœuvre des banques portugaises. Celles-ci ont de grosses participations industrielles, dans EDP ou Portugal Telecom par exemple, qui pourraient leur apporter plusieurs milliards d’euros en cas de cession.
L’incertitude prévaut aussi pour la suite des événements (lire ci-dessus): paralysie politique au Portugal, élections en Finlande le 17 avril qui rendent difficile l’activation immédiate de l’EFSF… Lisbonne dit avoir les moyens de rembourser en avril une tombée obligataire de 4,5 milliards d’euros (hors coupon), et donc d’éviter un défaut. Mais la prochaine, de 5 milliards, prévue en juin, sera impossible à honorer faute de débouché sur les marchés.
Pour gagner du temps, «le Portugal peut émettre de la dette et la faire acheter par les banques domestiques qui se financeraient grâce à la BCE, ou décrocher un prêt-relais avec les pays du cœur de la zone euro avant d’obtenir une aide formelle de l’EFSF et du FMI», hasardent les stratégistes de RBS, en reconnaissant que cette deuxième option s’annonce difficile à négocier. Dans l’intervalle, les rendements portugais devraient continuer à converger vers ceux de l’Irlande. «La liquidation des emprunts portugais va se poursuivre dans les prochaines semaines, avec un effet de 100 pb ou plus, qui risque de toucher plus durement la partie 3-5 ans», prévoient les stratégistes taux de SG CIB.
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