La banque centrale de Turquie réduit ses injections de liquidités
La banque centrale turque a annoncé hier une série de mesures visant à stabiliser la livre qui est fragilisée depuis plusieurs jours par les manifestations anti-gouvernementales. La monnaie turque est aussi pénalisée par les mouvements vendeurs sur les devises émergentes, alimentés par la perspective d’un relâchement du programme «QE3» de rachats d’actifs de la Fed.
De son côté, la banque centrale de Turquie a décidé d’une part de retirer des liquidités dans le marché en réduisant ses injections quotidiennes afin de «minimiser les effets de la volatilité excessive sur la stabilité des prix et la stabilité financière», a-t-elle expliqué dans un communiqué. L’institut d'émission a aussi choisi de recourir aux mécanismes d’adjudications de devises, les «foreign exchange selling auctions».
«Il s’agit pour la banque centrale turque de puiser dans ses réserves de changes pour vendre du dollar aux banques opérant sur le marché des devises en Turquie. En échange, les banques apportent des livres turques ce qui permet de soutenir la devise», explique Guillaume Tresca, stratégiste chez Crédit Agricole CIB. La politique monétaire turque figure parmi les plus complexes au monde. La banque centrale qui a la réputation d’être très interventionniste dispose d’une large palette d’outils. La livre turque était tombée la semaine dernière à son plus bas niveau contre l’euro/dollar depuis 2011. Après les annonces de la banque centrale, la devise a rebondi hier en début d’après-midi avant de repartir à la baisse.
Le PIB turc a progressé de 3% au premier trimestre en glissement annuel au-delà des attentes, mais le déficit du compte courant aussi, à 51,3 milliards de dollars sur 12 mois à fin avril. Les pressions sur la livre risquent d’entamer la confiance des consommateurs et des investisseurs, et de menacer la croissance, selon les analystes de BNP Paribas.
Au-delà du climat de contestation politique qui pèse sur les marchés financiers turcs, le pays est aussi pénalisé plus généralement par les tensions sur les dettes émergentes. «Tous les pays émergents sont sous pression en raison de la remontée des taux américains. Depuis les dernières annonces de la Fed , il y a un mouvement vendeur sur les devises émergentes, qui se manifeste de manière encore plus forte sur les taux. La tendance vendeuse s’est accentuée ces dix derniers jours», explique Guillaume Tresca.
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