Vivendi n’a pas partie gagnée chez Ubisoft
Ubisoft joue cet après-midi la partie la plus difficile de son histoire. L’assemblée générale de l’éditeur de jeux vidéo va matérialiser le conflit qui l’oppose à Vivendi depuis l’irruption de ce dernier à son capital en octobre 2015.
Le groupe de médias, qui a pourtant réaffirmé en juillet dans sa dernière déclaration à l’AMF envisager «de demander une recomposition du conseil d’administration» d’Ubisoft, n’a pas déposé de résolution en amont de l’AG. Mais, comme le Code de commerce le prévoit, Vivendi a la possibilité de déposer en séance des résolutions nouvelles, y compris pour révoquer un ou plusieurs administrateurs.
De son côté, la famille Guillemot, fondatrice et dirigeante d’Ubisoft, s’est toujours opposée à une représentation de Vivendi, redoutant une prise de contrôle rampante. Dans sa dernière déclaration d’intention, Vivendi indiquait ne pas «envisager de déposer une offre publique sur Ubisoft, ni d’en acquérir le contrôle».
Les deux camps sont au coude-à-coude. Vivendi est le premier actionnaire, avec 22,63% du capital et un peu plus de 20% des droits de vote. Les Guillemot détiennent 13,22% du capital et 19,18% des droits de vote, mais peuvent compter sur les salariés (1,5% de droits de vote) et probablement sur Bpifrance. Ubisoft a en effet prévu de racheter 3,2% de son propre capital auprès de la banque publique. La transaction ne sera effective qu’en novembre mais il est peu probable que Bpifrance vote contre les Guillemot.
En cas de conflit sur une résolution, il reviendra donc aux autres actionnaires de trancher. Selon les analystes, le marché est aujourd’hui plutôt dans le camp des Guillemot. Compte tenu de l’absence de synergies prouvées avec Vivendi, Jefferies voit mal pourquoi «les autres actionnaires institutionnels d’Ubisoft donneraient des sièges à Vivendi sans être dédommagés correctement» via une offre publique. Ceux d’Exane BNP Paribas rappellent le «passé reconnu de Vincent Bolloré en matière de prise de contrôle rampante (Havas, Vivendi et Telecom Italia)» et estiment qu’une telle issue serait le plus mauvais scénario pour la valorisation d’Ubisoft.
Face à ces réticences, Vivendi pourrait donc avoir du mal à faire passer une résolution en AG. Compte tenu du quorum élevé lors des deux dernières AG (80%), Vivendi aurait besoin de convaincre 87% des autres actionnaires pour espérer pouvoir obtenir la majorité, calcule Exane BNP Paribas.
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