Leclerc reprend la fintech Morning sans son fondateur
L’un ne pouvait rester tant que l’autre restait aussi. Le conflit entre la Maif et Eric Charpentier, le fondateur de la fintech Morning, dont la Maif détient 38% du capital, a finalement pris fin avec l’éviction d’Eric Charpentier. Dans un communiqué publié hier, la banque Edel, filiale du groupe E. Leclerc, a confirmé avoir pris une participation «évolutive dans le temps» et placé ses propres dirigeants à la tête de la start-up, suite à des informations publiées mercredi soir par La Tribune. Sa participation est minoritaire et doit devenir majoritaire avant la fin 2018. Eric Charpentier cédera progressivement ses 28% du capital et la Maif réduira aussi sa participation, qui deviendra minoritaire.
Une nouvelle stratégie en modèle «B to B to C»
Le directeur général de la Banque Edel Richard Pouillaude a été nommé président de Morning tandis que le directeur du développement Frédéric Senan a pris la direction générale de la start-up depuis le 1er février.
Les démêlés entre l’assureur et la start-up de cagnottes en ligne avaient éclaté en décembre dernier suite à une interdiction d’exercer de l’ACPR. Morning s’était retrouvée sans le sou en tentant de commercialiser des cartes bancaires pour créer une «néo-banque» indépendante. Circonspecte face à ces ambitions débordantes, la Maif avait refusé de remettre au pot sans un autre actionnaire industriel. Eric Charpentier avait alors multiplié les prises de paroles cuisantes contre l’assureur.
La Banque Edel a finalement choisi un entre-deux : certes, elle réorientera Morning vers un modèle de marque blanche commercialisé auprès des professionnels, mais elle n’abandonnera pas le projet de cartes bancaires. «On ne va pas casser ce qui marche, explique à L’Agefi Frédéric Senan, directeur général de Morning. L’objectif pour les équipes est d’améliorer la qualité de service afin que la plate-forme soit opérationnelle d’ici fin mars à début avril, pour la vendre à des opérateurs de marché qui souhaitent proposer des comptes avec des cartes et des cagnottes». Il s’agira donc d’un modèle «B to B to C». La nouvelle stratégie sera officiellement présentée d’ici à la fin mars.
Morning emploie actuellement 49 personnes, et des rumeurs de suppressions de postes inquiètent déjà les salariés. «Il n’y a pas de plan social, assure Frédéric Senan, mais nous sommes une entreprise. S’il n’y a pas de revenus réguliers d’ici à 2018 il y aura probablement des ajustements à faire». Quant au siège de la fintech de 600 mètres carrés à Saint-Elix-le-Château (31), construit pour 1,2 million d’euros, «il a le mérite d’exister, estime le dirigeant. La priorité n’est pas le déménagement».
Amertume du fondateur évincé
Si la Maif assure qu’Eric Charpentier a quitté l’entreprise «d’un commun accord avec la nouvelle direction», sur Twitter, celui-ci ne cache pas son aigreur. «C’est tellement classique… ne pas reconnaître ce qui a été fait… mais bien content de mettre la main dessus !», a-t-il écrit hier, avant de multiplier les allusions au lancement d’un nouveau projet similaire : «La première exécution n’a finalement pas été la bonne, […] il faut juste trouver une autre voie pour l’indépendance. […] Il faut juste écrire la saison 2 maintenant». L’entrepreneur a également raillé la Maif sur son agrégateur de comptes «Nestor» lancé en juin 2016, qu’elle présentait alors comme une «néo-banque», un terme emprunté à Morning.
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