La débâcle de la fintech Morning met la Maif dans l’embarras
L’histoire d’amour entre fintech et institutions financières peut vite passer du chemin bordé de roses à la descente aux enfers. La Maif en fait l’amère expérience. Rappel des faits : en septembre 2015, l’assureur mutualiste investit 4 millions d’euros dans la start-up toulousaine Payname, qui propose alors des cagnottes en ligne gratuites. Dès octobre 2015, cette dernière consacre plus d’un million d’euros à la construction d’un campus de 600 mètres carrés à Saint-Elix-le-Château (31), inauguré en juin 2016. A cette occasion, elle se renomme Morning et décide de se lancer dans la commercialisation de cartes de paiement. Elle se présente désormais comme une «néo-banque», une banque collaborative et indépendante. Un terme repris par la Maif pour communiquer sur sa propre transformation numérique.
Mais le 24 octobre 2016, le commissaire aux comptes de Morning alerte l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) sur sa santé financière. Dans une décision rendue le 1er décembre 2016 et publiée le 8, le collège de supervision de l’ACPR interdit à la start-up de poursuivre son activité, avant même la procédure contradictoire classique. En effet, en septembre 2016, pour obtenir des cartes de paiement auprès de Mastercard, Morning a prélevé 500.000 euros sur le compte de cantonnement destiné à abriter les dépôts de ses clients (1,2 milliard d’euros déclarés), pour les placer sur un compte à terme nanti au profit de Mastercard. Selon l’ACPR, elle aurait dû prélever cette somme dans ses fonds propres. En outre, «le montant des fonds de la clientèle à cantonner était supérieur à celui déclaré par la société», relève le régulateur. Enfin, le 17 novembre 2016, la trésorerie de l’entreprise est devenue négative. Le régulateur estime donc que «les intérêts de ses clients sont susceptibles d’être compromis», vu que «les sommes figurant actuellement au crédit [de son] compte de cantonnement sont nettement insuffisantes pour couvrir le montant des fonds qu’elle a reçus de sa clientèle».
Les salaires de décembre ne pourront pas être payés
C’est alors que le fondateur de Morning Eric Charpentier attaque publiquement son actionnaire principal, la Maif (avec 38% du capital). Il lui reproche de ne pas vouloir réinvestir dans son projet. «Dès avril 2016, nous avons été très clairs avec Eric Charpentier sur le fait que la prochaine levée de fonds devait faire entrer au capital un gros investisseur et que cela était la condition pour que la Maif se réengage», rétorque Nicolas Siegler, directeur général adjoint de l’assureur.
Dans une interview donnée le 12 décembre à La Tribune, Eric Charpentier reproche à la Maif de vouloir «tuer le projet d’indépendance de Morning» en l’orientant vers une banque historique. Il souligne que les salaires de décembre de la cinquantaine d’employés de la start-up ne pourront pas être payés. «Nous essayons de trouver un nouvel investisseur mais la situation n’est pas facilitée avec les prises de paroles d’Eric Charpentier contre le milieu bancaire», défend Nicolas Siegler.
Morning doit tenir une assemblée générale extraordinaire ce vendredi, où elle pourrait décider de liquider son activité. Les clients risquent d’y laisser des plumes, et la Maif, d’écorner son image. «Nous ne changerons pas notre manière de gérer les participations [dans des start-up], basée sur la confiance», assure néanmoins Nicolas Siegler. Il y a encore trois mois, Morning envisageait une introduction en Bourse dès mars 2017.
Plus d'articles du même thème
-
Spiko lève 90 millions de dollars en série B
Le leader français des fonds monétaires tokenisés a levé 120 millions de dollars depuis sa création en 2023. -
Le forum fintech de l'AMF et de l'ACPR souffle ses dix bougies
En dix ans, les enjeux autour des fintechs ont changé. La tokenisation et l'intelligence artificielle sont sur le devant de la scène. -
Investir au Brésil, la promesse exigeante d'une économie à fort potentiel
Le pays a connu un important développement durant la dernière décennie, avec des entreprises solides issues de secteurs diversifiés. Pour les investisseurs, les opportunités ne manquent pas à condition d’étudier sérieusement les trajectoires de croissance.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- L'enquête interne de Malakoff Humanis éclaire le rôle d'un intermédiaire dans sa délégation de gestion
- Le gouvernement veut endiguer la fuite de capitaux vers l’assurance-vie luxembourgeoise
- Le Plan doute que les réserves de l'Agirc-Arrco et du FRR puissent amorcer la capitalisation
- Arnaud Caudoux (Bpifrance) : «Nous sommes à la limite d'une vraie crise de la dette souveraine»
- Les candidats à la présidentielle donnent des gages à l'Afer sur l'épargne des Français
Contenu de nos partenaires
-
EditorialLa souveraineté, comme un cabri
Jeannette zu Fürstenberg, présidente de General Catalyst, cite le Général à propos de ce qu'elle préfère appeler l'autonomie stratégique : « Je ne suis pas anti-américain, je suis simplement anti-dépendance » -
Entre deux chaisesLes souverainistes de retour à la tête d'un Québec plus anti-indépendance que jamais
Les souverainistes du Parti québécois ont remporté les élections législatives dans la province lundi. Ils promettent un référendum pour se séparer du Canada, au moment où l'indépendance n'a jamais été aussi impopulaire dans les sondages -
Budget : en quête de crédibilité, Marine Le Pen ne renonce pas à la radicalité
140 milliards d’euros d’économies, une règle d’or, des marchés à rassurer : le RN promet une mue gestionnaire en vue de 2027. Mais derrière la peinture budgétaire, les marqueurs radicaux demeurent, sur fond d’affaire Bardella qui hante encore le parti